Thierry Coulhon – Président de l’Université de recherche Paris Sciences et Lettres

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Crédit @ Studio9

Qui ? Thierry Coulhon

Mission ? Président de l’Université de recherche Paris Sciences et Lettres

La Phrase :« Une étude statistique est en cours ; l’objectif est de comparer les trajectoires des étudiant.e.s au sein de PSL, nous l’analyserons pour la transformer en plan d’action. »

Pouvez-vous nous présenter PSL et ses missions ? 

Paris Sciences et Lettres (PSL) est une université de recherche pluri-disciplinaire, qui réunit, en plein centre de Paris, 26 établissements d’excellence (l’ENS, Paris-Dauphine, Mines ParisTech, le Collège de France, l’EHESS, les Beaux-Arts, La Fémis…). Elle place l’innovation et la création de valeurs au cœur de son ambition. PSL compte 19 000 étudiants, près de 6 000 enseignants-chercheurs, ainsi que 178 laboratoires de recherche et plus de 80 bibliothèques et musées. Alliance inédite des sciences, des arts et des sciences humaines et sociales, PSL donne aux meilleurs talents les moyens de se rencontrer, de s’enrichir et d’inventer l’avenir.

PSL regroupe des établissements de recherche prestigieux (CNRS, INRIA, INSERM) et c’est aussi 22 Prix Nobel – 10 Médailles Fields – 35 Médailles d’or du CNRS … comment expliquez vous le manque de chercheuses dans ces établissements ? 

L’un de nos Prix Nobel les plus illustres est une femme, Marie Curie, qui l’a obtenu à deux reprises, en physique et en chimie (en 1903 et 1911). Elle fut une pionnière dans la recherche scientifique et reste aujourd’hui un modèle pour de nombreuses jeunes femmes chercheurs. La première femmes admise dans une école d’ingénieur l’a été chez Chimie ParisTech en 1916 (Chimie fait un colloque en octobre autour du centenaire), bien avant les premières admissions de femmes à l’X en 1972. La recherche chez PSL n’échappe pas à la tendance et les femmes y restent encore sous-représentées, particulièrement dans les disciplines scintifiques. Cependant, au sein de nos établissements scientifiques et de notre école doctorale, nous avons des chiffres plus qu’honorables : Chimie ParisTech accueillait 50% d’étudiantes pour sa rentrée 2015, l’ESPCI recense 40% de jeunes femmes ingénieurs et 50% de nos 3500 doctorants sont des doctorantes. Notre programme de 1er cycle, le CPES (Cycle Pluridisciplinaire d’Etudes Supérieures) attire depuis sa création en 2012, plus de 50% de bachelières, qui sont attirées par la trans-disciplinarité et l’absence de concours sanction. Enfin, parmi nos instances de gouvernance, les conseils de la recherche et de la formation sont proches de la parité.

A titre personnel, êtes-vous sensible aux questions de parité Femmes-Hommes ? 

Bien-sûr ! mon expérience dans l’ESR, tant en France qu’en Australie, me montre que nous constatons l’absence de parité aux postes d’enseignants-chercheurs et de direction, ce qui n’est pas un phénomène propre à notre secteur. Si sur d’autres sujets, j’ai pu observer des différences significatives entre l’Australie et la France, il n’y pas de solution exemplaire sur le sujet parité dont nous pourrions nous inspirer. En tant que mathématicien, j’observe également que la parité est en question, et que tant en France qu’en Australie il existe des associations pour la promotion des femmes dans les mathématiques. En France, les maths sont la discipline avec la représentation des femmes enseignantes la plus faible avec 13%. Même quand elles sont recrutées sur des postes permanents de l’ESR, la disparité H/F s’accentue au fil de la carrière. Le pourcentage de femmes professeures d’université ou directrices de recherche est très inférieur au nombre de femmes maîtres de conférences et chargées de recherche. Il reste donc du chemin à parcourir.

Quelles seraient les meilleures solutions pour que l’égalité soit un fait dans l’ESR ? 

PSL se doit de réfléchir à ces questions, et notamment aux effets sociaux des processus de sélection dans l’ESR.
Une étude statistique est en cours au sein de PSL menée par Fanny Landaud, une doctorante de l’ENS, sous la direction d’Eric Maurin économiste de la santé à l’Ecole d’Economie de Paris. L’objectif est de comparer les trajectoires scolaires des étudiantes et des étudiants au sein de tous les établissements de PSL, qui ont comme caractéristique commune d’être sélectifs dans leur recrutement des étudiants. Elle s’appuiera notamment sur l’examen des stratégies d’orientation des filles dès la seconde expliquant leur sous-représentation dans les voies scientifiques post bac.  Nous analyserons cette étude en détails pour la transformer en plan d’action, qui sera partagé avec nos collègues qui sont confrontés aux mêmes problématiques.

Et en tant que Président de PSL, quelles sont les actions que vous souhaiteriez engager pour l’égalité Femmes Hommes tant dans l’ESR que dans la formation universitaire des futures générations ?

J’ai nommé Isabelle Catto, qui est doyenne de la formation de PSL, référente parité. A ce titre elle fédère les actions de toutes les institutions membres de PSL en matière de genre. Certaines mesures mises en place, qui auront prouvé leur efficacité, seront généralisées. Par exemple, la charte de l’EHESS sur le temps de travail, qui incite à l’interdiction des réunions tardives ou matinales, va dans le bon sens. Je me réjouis par ailleurs de la féminisation accrue de notre Conseil des Membres (qui réunit les chefs d’établissement de nos 26 institutions membres), à l’occasion du renouvellement de mandat de quelques chefs d’établissement.