Sabrina Andiappane – R&D Study Manager and Advanced Projects Engineer – THALES ALENIA SPACE

Qui ?  Sabrina Andiappane

Mission ? R&D Study Manager and Advanced Projects Engineer (CCPIF/ IAPP-X) – THALES ALENIA SPACE

La Phrase :  « Il faut essayer de faire abstraction des stéréotypes que l’on voit et que l’on s’applique à soi aussi et ce dès le plus jeune âge. »

Vous venez de remporter le Trophée des femmes aux débuts prometteurs remis par l’Usine Nouvelle, pouvez-vous nous présenter votre parcours, de l’école à Thales Alenia Space : par quoi avez-vous été portée ou guidée ?

Après avoir obtenu mon Bac S, j’ai fait une classe préparatoire à Paris pendant deux ans et j’ai intégré l’ESIEE Paris pour 3 ans d’où je suis sortie diplômée en 2013 avec une spécialisation Télécommunications. On dirait un parcours classique mais en réalité j’ai toujours fait attention à orienter mon parcours pour avoir la possibilité de choisir ce que je voulais faire et avoir un métier que j’aime. J’ai choisi un bac scientifique pour avoir le choix de mon futur métier, prépa pour avoir le choix des écoles d’ingénieurs et enfin la spécialisation Télécommunications pour avoir le choix du domaine dans lequel je travaillerai.

J’ai choisi de travailler dans le spatial parce que c’est tout simplement un rêve d’enfance, une vraie passion et j’ai eu l’opportunité de faire mon stage de fin d’étude chez Thales Alenia Space à Cannes pour découvrir le métier d’ingénieur aérospatiale ; maintenant j’en suis une. On passe la moitié de sa vie au travail donc pour moi c’était impératif d’avoir un métier qui m’inspire tous les jours.

Pouvez-vous nous décrire une journée type ? vos missions chez Thales Alenia Space ?

En toute honnêteté, je crois qu’il n’y a pas une journée qui se ressemble.

Je suis ingénieure R&D et Avant-Projets, j’ai donc deux casquettes. Je suis architecte sous-système pour les futures missions spatiales de l’entreprise, ce sont des missions scientifiques interplanétaires avec pour objectifs d’explorer les corps célestes de l’univers. Chaque mission est différente, en effet viser la lune ou mars n’amène pas les mêmes contraintes donc le travail que je fais n’est jamais le même.

Je suis également ingénieure R&D, ce qui est ma principale activité, je réalise des études dans mon domaine de compétence pour l’ESA, le CNES et l’Union Européenne et je participe également à la rédaction des réponses aux appels d’offre pour gagner ces études. En ce moment, mon plus beau projet est un projet européen H2020 que je coordonne et qui s’appelle I3DS (Integrated 3D sensors : http://i3ds-h2020.eu/). Mon consortium est composé de 10 partenaires répartis dans toute l’Europe. Nous sommes en interface avec 5 autres consortiums européens également et nous travaillons tous dans le cadre d’un SRC (Space Research Cluster)  pour améliorer la compétitivité de l’Europe dans les futures missions robotiques spatiales.

C’est un beau projet collaboratif qui se terminera début 2019. Au final, je fais aussi bien de la technique que de la gestion de projet et j’ai l’opportunité de voyager beaucoup et de participer à des workshops en tant que représentante de Thales Alenia Space ce qui est un vrai privilège.

Depuis vos études vous êtes engagée pour plus de femmes dans les études scientifiques, vous avez créé l’association « Allez les filles, Osez les Sciences ! » , comment expliquez-vous ce manque de vocation féminine pour les sciences ? Comment faire changer les choses ?

En réalité je ne m’en étais pas rendu compte jusqu’à ce que je rentre en école d’ingénieurs. En Terminale S, on était autant de filles que de garçons et idem en prépa. J’étais à St Louis et c’est une des prépas parisiennes qui a un internat de filles donc je pense que c’est pour cela que même en étant en filiale PSI, il y avait beaucoup de filles dans ma classe.

Honnêtement, je ne sais pas expliquer ce manque de vocation féminine pour les sciences. Un manque de confiance en soi, une peur de prendre des risques ou un manque de visibilité des métiers dans les sciences peut-être ? Je me souviens que quand j’étais jeune je ne savais pas non plus ce que signifiait travailler dans les sciences mais bizarrement je n’avais pas peur. Je me suis jamais posée la question du genre fille ou garçon dans tous mes choix. C’est peut être lié à ma manière de penser. Il faut essayer de faire abstraction des stéréotypes que l’on voit et que l’on s’applique à soi aussi et ce dès le plus jeune âge.

Après c’est personnel, une envie ou non de s’orienter vers tels ou tels métiers, on est tous différents.

Une action concrète que je vois c’est qu’avant les choix d’orientation post-Bac, toutes les options doivent être présentées aussi bien aux filles qu’aux garçons et sensibiliser les filles plus particulièrement aux métiers scientifiques (tout au long de la terminale par exemple avec des interventions, des ateliers, des visites).

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles qui veulent suivre votre voie ?  

On dit que son pire ennemi c’est soi-même, donc ne pas se dresser des barrières et bien garder la tête sur les épaules parce que malheureusement il y a toujours des personnes qui seront là pour vous faire douter de vous et questionner vos choix. Osez tenter et tout ira bien !