Nadia Bahhar-Alves – Responsable Communication & Relations Publiques Groupe AD Education

Qui ? Nadia Bahhar-Alves

Mission ? Responsable Communication & Relations Publiques Groupe AD Education

La phrase :  » Mon conseil : ne pas avoir peur de l’échec qui forge le caractère. »

 

Nadia Bahhar-Alves vous êtes Responsable Communication & Relations Publiques pour le groupe AD Education.Vous êtes aussi fortement engagée pour l’égalité Femmes-Hommes à travers Digital Ladies & Allies. D’où vous vient cet engagement ? 

Cet engagement pour l’égalité entre les femmes et les hommes, quel que soit le sujet, provient à la base de mes origines, du lieu où j’ai grandi mais surtout de l’éducation que mes parents m’ont donnée. Issue de la seconde génération d’immigration en France, il est vrai que j’ai eu la chance de pouvoir suivre des études et de m’épanouir dans une ville que l’on ne peut pas faire entrer réellement dans les « catégories » de villes « dangereuses » avec un énorme taux de chômage et un seuil affolant de pauvreté, mais il n’en relève pas moins que je suis un pur produit de la banlieue, ce dont je suis fière à 1000%. Quand on est une femme, d’origine Maghrébine, et de plus provenant des quartiers, il est d’autant plus important, à mon sens, de pouvoir s’engager en faveur des femmes et de leur représentativité dans notre société actuelle. Surtout que ces quartiers, nos quartiers, regorgent de talents, de jeunes filles et de femmes combatives, fortes dont les valeurs et les parcours ne peuvent qu’être que des exemples pour les générations futures. Si je remonte à l’origine de cet engagement et à la recherche d’un rôle model, puisqu’il faut les appeler comme cela maintenant, je dirais sans hésiter que ma mère a été une véritable source d’inspiration, de motivation et je ne la remercierai jamais assez d’avoir fait de moi une personne « consciente » et « alerte ».Très jeune, je me suis donc rendue compte que le combat des femmes au quotidien, leurs places en tant qu’épouses, mères, professionnelles en activité, allaient être un chemin que je devrais également suivre pour que dans un monde meilleur nos VOIX s’élèvent et ne fassent qu’une.

L’égalité entre les femmes et les hommes se doit d’être réelle à tous les niveaux, et pas que dans le secteur du digital ou du numérique. Elle doit être poussée et mise en place aussi bien au niveau des entreprises que dans leurs COMEX, dans le sport & la culture, pour l’accès à l’éducation en luttant contre les idées reçues notamment au moment de l’orientation dans les filières scientifiques, mathématiques, informatiques, pour accroître le nombre et la visibilité des femmes dans les carrières digitales, du numérique, des médias mais pas que… la place et le rôle des femmes dans la société ne doivent plus être un « sujet » de nos jours.

C’est donc tout naturellement que, lorsque l’opportunité de faire partie de la création des Digital Ladies & Allies s’est présentée, je me suis sentie honorée et fière de pouvoir y participer pour continuer à promouvoir la diversité des talents dans le numérique et œuvrer à plus de parité et d’égalité.

Cet engagement m’a aussi permis de m’investir en tant que bénévole lors du dernier TEDxWomenChampsElysées, qui traite de la question de la place des femmes dans nos sociétés, lors de son 5e anniversaire, et qui abordait la thématique de l’imPOSSIBLE avec une série de talks proposée pour pousser à sortir de sa zone de confort et remettre en question l’irréalisable.

Pouvez-vous nous présenter les Digital Ladies ? 

Les Digital Ladies étaient au début un groupe d’amies et d’expertes digitales qui se retrouvaient lors d’événements dédiés à la tech et au numérique. Au cours de ces manifestations, nous sommes rendues compte que les femmes étaient très peu, voire quasiment jamais, représentées en tant que speakers alors qu’elles existent et qu’elles ont tout autant de légitimité à le faire que les hommes. Sous l’impulsion de Merete Buljo, nous nous sommes constitué(e)s en association, qu’elle préside depuis sa création, car nous avions constaté que nous avions les mêmes engagements et désirs de mener des actions communes et concrètes sur la place des femmes dans ce secteur. L’association des Digital Ladies & Allies est donc née d’un constat que nous avions noté : comment se passer des femmes dans un monde en constante mutation et évolution, femmes qui représentent environ 50% de la population mondiale. En effet, depuis près de 30 ans, la parité dans les filières numériques s’est totalement dégradée. Alors qu’elles étaient pour certaines d’entre elles pionnières et aux prémices de l’informatique et du code (Ada Lovelace, Hedy Lamarr, Grace Hooper, Margaret Hamilton,…), seulement 33% des femmes sont aujourd’hui salariées dans l’industrie numérique dont 75% sont dans des fonctions supports telles que les RH, l’administration, la finance ou encore la communication. Si la tendance ne s’inverse pas dans les prochaines années, l’exclusion des femmes risque d’être de plus en plus accrue, surtout dans ce secteur qui est en pleine expansion.

L’Association des Digital Ladies & Allies est aujourd’hui constituée de 200 membres, femmes et hommes, car c’est avec eux que nous pourrons faire avancer les mentalités et que les actions proposées et mises en place par le « Do Tank », notamment avec le livre blanc « Mixité & Performance Numérique » remis à l’ancien Secrétaire d’état au numérique Mounir Mahjoubi et à Cédric O nommé à ce poste récemment, auront plus d’impact et de sens.150 contributions avec des propositions concrètes et des best-practices pour augmenter le nombre et la place des femmes, et cela dès le plus jeune âge, figurent dans ce livre blanc.

Vous travaillez dans le milieu de l’enseignement, vous êtes donc au contact de la jeune génération, comment se saisit-elle de ce sujet ?

Elle est très en avance sur ce sujet contrairement aux anciennes générations. Loin de l’image du geek à lunettes, enfermé dans sa chambre à jouer aux jeux vidéo ou à créer des lignes de codes interminables, les jeunes garçons sont plus sensibles aux questions de parité, de diversité et sur la place des femmes dans ces milieux.

Pour certains d’entre eux, cette question ne se pose même pas car ils sont amenés à côtoyer au quotidien des jeunes filles dans leur parcours de formation digital et numérique. C’est juste naturel et ordinaire, même si ce n’est pas encore de l’ordre de l’adhésion totale plus du fait des stéréotypes inculqués depuis leur enfance qu’à la misogynie qui elle est plutôt réservée à une tranche d’âge plus élevée.

Le chemin est déjà bien avancé mais il reste encore de vieux discours et des comportements qu’il faut continuer à pointer du doigt pour que dans quelques années ces questions ne se posent même plus.

Pour ce qui est des jeunes filles, il y a plus de prises de conscience, ce qui est tout à fait normal puisqu’elles se prédestinent à des carrières professionnelles où elles devront se positionner sur la base de leurs compétences, acquis et capacités et non sur leur genre. Elles s’investissent également et mènent de leurs côtés des actions ou développent des projets pour apporter leurs visions et des réponses concrètes au manque notamment de rôle modèle.

Cependant, le regard que je pose sur cet état de conscience de cette génération est à mesurer car je suis actuellement en poste dans un groupe où les écoles dédiées aux formations numériques, web et digitales sont dirigées par des femmes et constituées d’une exemplaire parité au niveau de ses étudiants. Cela fait partie de l’ADN et des valeurs portées par ces établissements. Je ne pourrai me prononcer de la même manière pour d’autres écoles dont je ne connais pas le fonctionnement et encore moins sur d’autres secteurs tels celui de la formation d’ingénieurs ou d’informaticiens où la représentativité des femmes reste encore de nos jours un sujet à explorer.

Si vous aviez un conseil à transmettre aux jeunes filles, quel serait-il ? 

Si j’avais un conseil, même s’il est souvent facile d’en prodiguer un, je leur dirais plutôt ce proverbe africain qui pour moi se prête à toutes les circonstances et l’envie de vivre ses rêves : « Seul(e) on va plus vite, ensemble on va plus loin ».

Il s’agit ici avec ce proverbe de les inspirer, de les accompagner plutôt que de les conseiller. Je leur dirais également qu’il faut absolument croire en soi, ne pas douter et ne pas se laisser parasiter par des idées préconçues, ne jamais hésiter à demander de l’aide, être curieuse et surtout être persévérante.

 

Dernier point important : ne pas avoir peur de l’échec qui forge le caractère et les expériences, bien au contraire.