Morgane Canastra-Geffroy – Founder & CEO chez Booklet

Qui ? Morgane Canastra-Geffroy

Mission ? Founder & CEO chez Booklet – Développement d’applications mobiles & expériences réalité virtuelle chez Orange

La Phrase ? « Enfin, entreprendre m’a surtout appris que rien ne peut arrêter des femmes pleines de volonté. Que l’ambition, naturellement, n’a pas de sexe, que l’audace est une valeur et n’appartient ni aux hommes, ni aux femmes, mais aux personnes qui souhaitent se dépasser, tout simplement. »

 

Quel est votre parcours ?

J’ai un parcours assez atypique puisque j’ai dû me réorienter en fin de Seconde à la suite à une année compliquée. Je souhaitais devenir professeur de Français et me diriger vers un BAC L. J’ai finalement décidé de m’orienter vers un Bac STG option marketing car j’avais toujours été passionnée par la publicité, la communication, et surtout j’étais fascinée par la guerre marketing des consoles de l’époque qui allaient sortir : Sony (PS3) VS Microsoft (Xbox 360). Dès très jeune, j’ai toujours été passionnée par les technologies. J’ai monté mon ordinateur à 14 ans, appris Photoshop à 15 ans en autodidacte, monté ma propre équipe féminine d’e-sport sur un FPS (en 2006). Effectuer un BAC Technologique paraissait finalement plus qu’évident !

À la fin de mon BAC STG,  j’ai décidé d’effectuer mes études supérieures en alternance car j’étais impatiente de découvrir le monde professionnel et de pouvoir étudier en même temps. J’ai alors fait un BTS Management des Unités Commerciale (CFA Codis, Paris) en alternance chez Orange. J’étais conseillère clientèle en boutique et se furent deux années extrêmement enrichissantes qui m’ont permis d’acquérir une expérience professionnelle significative et une véritable maturité professionnelle qui a été, pour la suite de ma carrière professionnelle, une vraie force. Après mon BTS, j’ai décidé de poursuivre vers un Master M1 Responsable du Développement Commercial (ICD, Groupe IGS, Paris), toujours en alternance, puis un MASTER M2 E-business et Webmarketing, dans la même école et toujours en alternance. Durant cette dernière année, je travaillais dans une agence digitale parisienne en tant que chef de projet. Dès l’obtention de mon Master, cette agence m’a recrutée en CDI et j’y ai travaillé pendant près de 4 ans. Je gérais des projets digitaux avec des dimensions « innovation » élevée (réalité virtuelle, expériences second screen, réalité augmentée, etc.).

En 2016, après près de 8 ans d’expérience professionnelle derrière moi à 25 ans, j’ai eu envie de repousser mes limites en entreprenant dans un secteur qui me passionne : l’industrie musicale.

J’ai créé WYKER, une start-up éditant une application mobile de recommandation d’événements musicaux à l’aide d’un algorithme de matching social. Associée à deux amis développeurs, nous avons notamment reçu le prix 10 000 Start-ups de La Tribune et remis par Google comme start-up au fort potentiel de développement à l’international. Début 2017, nous avons clôturé un tour de table de 340 000 euros avec un réseau de business angels pour nous accompagner sur notre développement. Enfin, en Janvier 2019, nous avons sorti notre pivot, une solution B2B de promotion musicale pour les artistes et labels : Booklet.

Après 3 ans d’entrepreneuriat, je rejoins le Groupe Orange et son équipe dédiée au développement d’applications mobiles et d’expériences de réalité virtuelle pour gérer un panel de projets innovants. Une nouvelle expérience professionnelle au sein de l’une des principales entreprises démocratisant les technologies qui construisent le monde de demain.

Que vous a appris votre expérience d’entrepreneuse ? 

Cette expérience a été la plus enrichissante de toutes mes expériences professionnelles. 3 ans d’entrepreneuriat équivalent à mon sens à 10 ans dans un monde professionnel classique car tout est accéléré. On se découvre des compétences insoupçonnées, on se surprend agréablement. Pour ma part, j’ai notamment développé des compétences commerciales alors qu’auparavant je « n’affectionnais » pas du tout cette partie. Mais entreprendre, c’est être maître du succès de son entreprise, cela débloque en nous de nombreuses choses (car nous y sommes fatalement contraints !) et on ne voit ni les barrières ni les murs qui peuvent se dresser devant nous. C’est aussi la raison pour laquelle entreprendre est un combat qui fait, en particulier en tant que femme, de chacune d’entre nous, des guerrières, des femmes solides et déterminées !

Entreprendre m’a aussi permis de découvrir de l’intérieur l’écosystème start-up français. Avec ses qualités et ses défauts.

Enfin, entreprendre m’a surtout appris que rien ne peut arrêter des femmes pleines de volonté. Que l’ambition, naturellement, n’a pas de sexe, que l’audace est une valeur et n’appartient ni aux hommes, ni aux femmes, mais aux personnes qui souhaitent se dépasser, tout simplement.

Pensez-vous que le milieu des startups est misogyne ?

Répondons franchement : oui. Mais attention, ce « oui » n’est pas un « oui » général. Il y a en effet des situations, des lieux où l’on sent que l’entrepreneuriat est très masculin, que tous les satellites autour des entrepreneurs sont majoritairement composés d’hommes. Être une femme, jeune qui plus est, complique les choses : il y a des a priori certains. L’exemple assez parlant est celui des événements. Personne ne soupçonne que vous entreprenez, et lorsque vous passez la première étape du « bonjour », le préjugé est encore là, puis, quand vous commencez à expliquer que vous êtes entrepreneure et ce que vous faites, les regards changent et on sent une considération plus marquée que les secondes précédentes où vous n’aviez pas encore expliqué qui vous étiez et ce que vous faisiez.

J’ai un autre exemple très concret et tristement parlant : je me suis un jour rendue dans une boutique pour récupérer mes registres de société. Lorsque je me suis présentée pour récupérer ma commande, un homme m’a demandé : « Vous venez de la part de ? ». Sous-entendant que je ne pouvais être que la secrétaire ou la stagiaire étant donné que je suis une femme. J’ai répondu : « Je viens de ma part car je suis la CEO de l’entreprise 🙂 ».

En revanche, il y a aussi un véritable mouvement et changement depuis quelques années, une bienveillance que j’ai souvent ressentie et qui commence à s’établir. J’ai, par exemple, pu échanger avec des leveurs de fonds comme Eldorado qui font des femmes dans l’entrepreneuriat un vrai sujet d’équilibre dans leur portefeuille de start-ups qu’ils accompagnent. Il y a des démarches sincères et c’est à relever !

La médiatisation méritée de l’égalité hommes-femmes et en particulier poussée par des porte-voix du numérique, du monde des agences de communication et des médias, qui sont en train de remettre les choses en ordre, mais aussi grâce à des rôles modèles qui osent en parler ! Je pense en particulier à Géraldine Le Meur qui tout au long de mon entrepreneuriat est restée pour moi un vrai repère.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes filles ?

Je n’en donnerai qu’un seul car il est à lui seul la racine de tous les autres conseils que l’on peut prodiguer : avoir et garder confiance en soi.

Cela parle donc de beaucoup de choses et repose sur une force qui permet de tout vaincre et surmonter :

  • Les préjugés,
  • Les échecs,
  • Le syndrome de l’imposteur.

J’aimerais dire à toutes celles qui entreprennent, qui souhaitent entreprendre ou tout simplement qui souhaitent évoluer, de se sentir bien au travail ou dans leur vie de femme tout simplement : ne vous dévalorisez jamais, vous savez mieux que quiconque ce que vous valez.