Marion Chenal – R&D Project Leader Saint-Gobain

Qui ? Marion Chenal

Mission ? R&D Project Leader à Saint-Gobain

La Phrase : « Ces représentations inscrites en nous, qui influencent nos comportements et nos relations avec l’autre, se retrouvent dans l’enseignement des sciences. »

Marion Chenal, vous avez un diplôme d’ingénieur en Chimie et Physico-chimie des Polymères de l’Ecole Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles de la Ville de Paris, pouvez-vous nous expliquer ce que ce diplôme sanctionne et à quels métiers il destine ?

J’ai intégré l’Ecole Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles de la Ville de Paris (ESPCI Paris) après un baccalauréat scientifique et deux années de classe préparatoire Physique-Chimie à Caen. Cette école d’ingénieur généraliste propose un enseignement pluridisciplinaire, à la croisée des chemins de la Chimie, la Physique et la Biologie, axé sur l’expérimentation. L’école étant couplée à des laboratoires de recherche reconnus au niveau international, les étudiants évoluent dans un environnement privilégié au sein duquel se côtoient élèves, doctorants, chercheurs et start-ups. Ainsi l’ESPCI Paris transmet à ses ingénieurs une culture de l’innovation qui leur permet d’évoluer dans les domaines économiques et scientifiques, dans l’industrie ou dans le milieu académique, en France et à l’étranger. La plupart des ingénieurs de l’ESPCI Paris complètent leur formation par un doctorat et sont ensuite recrutés dans le milieu de la recherche, en entreprise ou en laboratoire.

Vous êtes aujourd’hui cheffe de projet R&D à Saint-Gobain Recherche, à quoi ressemblent vos journées ?

A l’issue de mon doctorat réalisé au laboratoire de Chimie des Polymères (Université Pierre et Marie Curie), j’ai intégré Saint-Gobain Recherche en tant qu’ingénieur de recherche puis chef de projet R&D. Saint-Gobain Recherche est l’un des huit grands centres de recherche de Saint-Gobain, leader mondial de l’habitat durable. Les domaines de recherche sont liés au verre, aux couches et revêtements de surface, aux matériaux de construction et à l’habitat en général. En ce qui me concerne, je suis impliquée dans le développement d’une nouvelle laine de verre à base de liant bio-sourcé et de plaques de plâtre dépolluantes permettant de purifier l’air intérieur. Lors d’une journée type en tant que cheffe de projet R&D à Saint-Gobain Recherche, j’échange avec mes collaborateurs sur les expériences en cours au laboratoire et discute des résultats obtenus, à Aubervilliers mais aussi dans les centres impliqués dans les projets à l’étranger ; je dialogue avec les fournisseurs de produits chimiques, je communique sur nos avancées auprès des filiales du groupe et recueille leurs besoins (Placo, Isover par exemple) ; je réalise des essais sur ligne pilote ou en usine pour valider les développements réalisés à l’échelle du laboratoire ; je participe à des conférences et collabore avec des laboratoires académiques dans le cadre de thèses co-encadrées. En résumé, un quotidien anti-routine, ponctué d’interactions variées et transversales avec de multiples acteurs des milieux industriels et académiques.

Vous êtes très investie dans différentes actions favorisant l’apprentissage des sciences à l’école dans le cadre des partenariats de Saint-Gobain avec C’Génial et La Main à la Pâte, voyez-vous des raisons dans l’enseignement des sciences qui expliquent que les filles choisissent moins les sciences que les garçons ?

De manière générale, nous sommes tous influencés, plus ou moins inconsciemment, par les stéréotypes de genre véhiculés par la société : que ce soit dans la littérature de jeunesse, les dessins animés, les publicités, les manuels scolaires mais aussi dans le vocabulaire ou les réflexions au quotidien, les hommes sont généralement mis en scène dans des rôles professionnels plus variés et valorisés que les femmes. Ces représentations inscrites en nous, qui influencent nos comportements et nos relations avec l’autre, se retrouvent dans l’enseignement des sciences : les exemples cités dans les supports pédagogiques valorisent les garçons aux dépens des filles, les professeurs s’adressent plus volontiers aux filles lorsqu’il s’agit de réciter une leçon et aux garçons lorsqu’il s’agit d’introduire un nouveau concept, la communication sur les débouchés offrent plus de perspectives pour les garçons que pour les filles. Ainsi, les filles intériorisent cette image restrictive et ont tendance à s’auto-censurer dans le domaine des sciences, davantage associé dans l’imaginaire collectif comme étant le terrain de jeu des garçons.

Pour vous, comment faire pour inciter les filles à choisir une voie scientifique ?

L’école a un rôle clé dans le fait d’inciter les filles à choisir une voie scientifique. Malgré les stéréotypes de genre évoqués précédemment, avoir conscience de ces représentations biaisées permet de proposer un mode de pensée alternatif aux étudiants. Favoriser les rencontres avec des femmes ayant réalisées des études scientifiques et travaillant dans le domaine des sciences, promouvoir les stages en milieu professionnel, initier des actions de tutorat, former les professeurs ou encore informer les parents sont des actions susceptibles d’encourager les filles à investir le domaine des sciences.