Marie Ottavi – Journaliste & biographe

Qui ? Marie Ottavi

Mission : Journaliste & Biographe

La Phrase :  » Il faut avoir du toupet, passer par la fenêtre quand la porte se ferme. »

 

Marie Ottavi vous êtes journaliste à Libération. Vos principaux sujets sont la mode et la pop culture, les contre-cultures et tout ce qui se rattache à nos nouveaux modes de vie. Comment êtes-vous devenue journaliste ?

J’ai eu de la chance, j’ai su très tôt que je voulais être journaliste. Je voulais me sentir au coeur de ce qui se passe dans le monde. Et je sentais que le journalisme pouvait changer ma vie. Je voulais écrire, rencontrer des gens d’univers différents, voyager. Dès lors, il s’agissait de pénétrer ce milieu qui fonctionne en réseau. Je ne connaissais personne. J’ai fait des stages (le premier au service étranger de Libération à l’âge de 20 ans) en parallèle de mes études. J’ai demandé à quelques journalistes rencontrés lors de ces stages de m’aider. Certains ont accepté après avoir observé mon travail. Je suis rentrée au Parisien où j’ai travaillé 5 ans et où je me suis formée « sur le tas » comme on dit.

Avez-vous des rôles modèles qui vous ont conduite dans cette voie ?

Rôles modèles, c’est un grand mot. Quand j’ai débuté, je lisais les portraits de Libération et j’étais assez fascinée par la qualité de l’écriture. Les enquêtes et les faits divers m’ont aussi montré la voie. J’ai toujours voulu écrire des papiers bien documentés, ça vient de là.

En revanche, j’ai croisé des journalistes chevronnés qui m’ont fait confiance. Jean-Michel Aphatie qui était alors à France Inter a accepté de m’aider. Je ne le connaissais pas. Il débutait en radio et il était abordable ce qui est déjà énorme quand on a 20 ans et qu’on est forcément un peu timide. Jean-Luc Hees, alors directeur de France Inter, m’avait aussi aidée (j’avais fait le pied de grue devant un forum à Créteil dont la radio était partenaire et je suis allée lui demander de me prendre en stage). Françoise-Marie Santucci à Libération à l’époque a eu un rôle clef. C’est elle qui m’a engagée alors que je revenais de deux ans de voyage à travers le monde avec pas mal d’idées de sujets en tête.

Il faut avoir du toupet, passer par la fenêtre quand la porte se ferme. Mais surtout proposer des idées concrètes. On ne reçoit pas tant d’idées de sujets que ça. Même à Libération. Et un jeune journaliste fait toute la différence quand il tape à la porte avec des envies d’articles et pas seulement sa motivation.

A Libération vous êtes l’auteure de nombreux portraits, et particulièrement ceux de personnalités hors normes, inclassables, excentriques. Justement vous venez d’écrire la biographie de Jacques de Bascher, pourquoi avoir choisi ce personnage en particulier ?

Justement parce que c’est une sorte de pas de côté, un mystère. On en parlait dans le milieu de la mode. J’ai toujours aimé les personnages décalés, les seconds rôles. Mais ces personnages de l’ombre permettent aussi d’explorer des époques (ici les années 70 et 80) et des milieux (la mode, la nuit, la communauté homosexuelle), de comprendre d’autres grands hommes et femmes (dans le cas de Jacques, Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent).

Il s’agit de tirer un fil et de traverser avec son personnage un monde et pas seulement une intimité.

On imagine que l’écriture d’une biographie est un travail énorme, comment avez-vous procédé ?

Oui c’est un énorme travail. J’ai commencé le livre quand j’ai appris que j’étais enceinte de mon fils. J’ai travaillé pendant ma grossesse et après la naissance de mon fils. Je ne vais pas mentir, faire un enfant et un livre, c’est un travail gigantesque, parfois si dur que l’on se demande ce qui nous a pris de nous lancer dans une telle aventure. Quand j’ai achevé ce livre, je me suis d’ailleurs dit « plus jamais ». Et puis on finit par penser à un autre sujet à explorer.

Mais on est porté aussi par le rythme de travail, une rigueur. Il y a un temps pour tout et ce que j’appelle la procrastination est finalement nécessaire. C’est aussi un temps de recherche, de positionnement. On laisse le sujet s’emparer de nous. Les entretiens permettent de rentrer dans une phase plus concrète. J’ai écrit sur un homme qui n’a jamais rien produit de sa vie, en dehors de lui-même. Les entretiens étaient donc primordiaux. L’enjeu était de convaincre la famille de Jacques, Karl Lagerfeld et le premier cercle de Jacques de me répondre.

Quand j’ai repris mon travail à Libération, après la naissance de mon fils, je me levais à 5 heures du matin pour écrire, avant que mon fils ne se réveille. Et finalement, ce rythme très soutenu a été salvateur. J’ai beaucoup avancé à ce moment-là, quand la dernière ligne droite approche, que le temps se compacte et qu’il s’agit d’être efficace.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes filles qui hésitent à choisir le journalisme et l’écriture ?

De rester curieuses, d’explorer des sujets à la marge, de ne pas rester collées à son ordinateur. Accepter aussi cette phase très étrange où écrire est pénible. Une fois qu’on dépasse cette phase, une période libératoire commence dans le meilleur des cas. On s’habitue à tout même à ça. Avec le temps, une méthode se met en place.

Jacques de Bascher : Dandy de l’ombre – Marie Ottavi – Editions Séguier http://www.editions-seguier.fr/livre/22012