Marie Bonaparte (1882-1962) – Psychanalyste

Descendante de Napoléon Ier, la princesse Bonaparte est née en 1882 à Saint-Cloud. Son père issu de cette filiation épouse Marie-Felix Blanc, elle aussi issue d’une grande famille mais qui décède seulement un mois après la naissance de sa fille. Durant les premières années de vie, l’influence de sa grand-mère sur son éducation lui inculquera des valeurs traditionnelles, empreintes de nombreux préjugés et contraintes. Néanmoins, une grande importance est accordée à la culture car Marie est polyglotte et passionnée de théâtre.

Arrivée avec sa famille en 1896 à Paris, Marie commence sa vie mondaine à partir de 1906. Mais sa filiation prestigieuse entraîne une étroite surveillance de son père sur les aventures amoureuses de la princesse : il lui faut un homme à la hauteur de son statut pour la postérité familiale. Elle se marie la même année avec le prince Georges de Grèce immortalisé par un mariage en grande pompe. Depuis son enfance, Marie côtoie de loin ou de près les grands noms de l’époque : Marcel Proust, le médecin Gustave Le Bon, le chirurgien Albert Reverdin, le psychanalyste Rudolph Loewenstein ou encore le médecin Jean Troisier. On les retrouve dans les écrits de Marie sous les pseudonymes de « X » ou « l’Ami », elle est également traductrice.

Marie Bonaparte souffre de frigidité. C’est cette difficulté qui oriente ses premières tentatives d’étude de la sexualité dont elle parle ouvertement. L’année 1923 est déterminante pour la princesse : sous l’impulsion de Gustave Le Bon, elle lit des ouvrages de Freud et fait la rencontre de René Laforgue, psychanalyste aguerri. Parallèlement, elle fréquente les hôpitaux pour mener ses études sur la sexualité et publie un article « Considérations sur les causes anatomiques de la frigidité chez la femme » sous le pseudonyme de « A. E. Narjani » où elle établit que la frigidité féminine est due à une fixation clitoridienne induite par une distance trop grande entre le clitoris et le vagin. Obnubilée par son « accomplissement orgasmique », elle se fera opérer de nombreuses fois pour arriver à ses fins.

En 1924, son père meurt et cela l’entraîne dans une profonde dépression. Son ami Laforgue intercède pour que Freud la prenne en psychanalyse ; elle finit de le convaincre le 30 septembre et il l’analysera jusqu’en 1938. Sa notoriété lui permet de jouer le rôle d’intermédiaire entre le premier groupe des psychanalystes parisiens et Freud : elle devient sa représentante à Paris. Durant la domination nazie, Marie intervient personnellement en faisant jouer ses relations afin de permettre à Freud et sa famille de quitter l’Autriche.

Marie Bonaparte aura eu une forte influence dans le développement de la psychanalyse en France en finançant la discipline et de par son rôle institutionnel important. Elle fait partie des neuf membres fondateurs de la Société psychanalytique de Paris. Elle pratiquera la psychanalyse dans un cabinet à Paris puis à Saint-Cloud avec des méthodes originales : son taxi va chercher ses clients qu’elle reçoit sur une chaise longue en faisant du tricot. Vers la fin de sa vie, elle prône « l’analyse profane », une analyse conduite par un analyste qui n’est pas médecin. Du fait de son opposition à Jacques Lacan et de la scission de la Société psychanalytique de Paris, Marie s’y investit de moins en moins.

Vers 1960, fragilisée par une fracture du col du fémur, elle se replie dans sa résidence varoise. Un peu plus tard, on lui diagnostique une leucémie, la « dernière des Bonaparte » meurt à la clinique de Saint-Tropez. Ernest Jones, Alain de Mijolla et Michelle Moreau Ricaud affirment que Marie Bonaparte a joué un rôle important dans l’implantation de la psychanalyse dans le pays : elle est surnommée la « princesse de la psychanalyse en France ».