Maëlle Lafond – Journaliste Web chez Selectra

Qui ? Maëlle Lafond

Mission : Journaliste Web chez Selectra

La phrase : « Pour moi qui avais toujours voulu faire de l’écriture mon métier, le journalisme s’avérait être la carrière idéale. »

 

 

Maëlle Lafond, vous êtes journaliste multimédia. Pouvez-vous nous décrire votre parcours ? Le journalisme a-t-il toujours été une vocation pour vous ou cet intérêt est né sur le tas ?

Après une licence de sociologie à la Sorbonne, j’ai passé en 2016 les concours pour intégrer une des 14 écoles de journalisme reconnues par la profession. Si à ce moment cela s’est imposé comme une évidence au vu de ma passion pour les médias, cela n’a pas toujours été la carrière à laquelle je me destinais. Depuis mon plus jeune âge j’avais en effet toujours voulu être avocate – comme mes parents et une grande partie de ma famille. Mais au fil des années, je me suis détachée de cette idée et mon intérêt pour les médias n’a fait que croître : j’ai toujours été abonnée à plusieurs publications, de Okapi au collège à The Economist, en passant par Sciences Humaines et Courrier International. Mais c’est avec l’avènement des pure players et des médias web que j’ai compris que le journalisme serait ma voie : je passais des heures à consulter des articles en ligne, portant aussi bien sur l’écologie que sur les nouvelles technologies. Grâce à ces médias, je pouvais satisfaire ma curiosité sur une multitude de sujets. C’est d’ailleurs via ces pure players, dont Cheek, que s’est fait mon éveil au féminisme. Pour moi qui avais toujours voulu faire de l’écriture mon métier, le journalisme s’avérait être la carrière idéale.

Pourquoi avoir fait le choix de s’orienter vers le multimédia plutôt que la presse traditionnelle ?

Ce ne fut pas un choix immédiat : comme j’étais une grande lectrice de presse papier, je voulais savoir comment les rédactions traditionnelles fonctionnaient, et me former à ce journalisme. Mais mes centres d’intérêts évoluant, je me suis trouvée plus proche des médias en ligne qui pouvaient se permettre de traiter des sujets plus spécifiques, voire de niche, puisqu’ils n’avaient pas à assumer les coûts de la presse papier. Par ailleurs, au cours de mes études au Celsa, j’ai effectué un master 2 « journalisme et innovation » qui m’a permis de découvrir d’autres aspects du métier, comme le journalisme de données, mais aussi de ne pas avoir à choisir entre la rédaction, le son et la vidéo. J’aime cette pluralité qu’offre le multimédia, je trouve que cela permet de gagner en richesse et en épaisseur dans le traitement des sujets.

Au mois de février, la polémique de la « Ligue du LOL » impliquant notamment des journalistes a éclaté au grand jour presque 10 ans après les faits. Quel jugement portez-vous sur cette affaire en tant que journaliste puis en tant que femme ?

En toute honnêteté, je n’ai pas été surprise. Cela faisait des années que des témoignages anonymes paraissaient régulièrement sur le sujet, notamment sur la page Facebook « Paye ton journal ». En parallèle, je savais que Twitter était un espace particulièrement hostile pour certaines personnes, notamment les féministes. De nombreuses femmes en parlaient ouvertement, mais aucune n’aurait pu imaginer que les harceleurs seraient un jour inquiétés. Je pense que beaucoup avaient accepté cette situation malgré elles, faute de recours. A tel point que lorsque l’affaire a éclaté, j’étais persuadée que ça en resterait là. Quelle (bonne) surprise de voir les rédactions prendre des mesures contre les coupables ! Cela prouve que les mentalités évoluent petit à petit, et qu’en 2019 on ne tolère plus le harcèlement sexiste, raciste et grossophobe (parce que c’est bien de cela dont il s’agit et pas de simples comportements immatures comme on a pu parfois le lire). Même s’il y a encore énormément de progrès à faire, c’est un message positif et le signe d’un réel progrès.

Avez-vous déjà été victime ou constaté de tels agissements ? A titre personnel ou bien au cours de votre expérience professionnelle ?

Oui malheureusement, on m’a rapporté plus d’une fois des cas de harcèlement sexiste dans les rédactions, que ce soit en presse écrite, en télé ou sur le web. J’y ai moi-même été confrontée, même si cela n’est jamais allé aussi loin que dans le cas de la Ligue du LOL. Bien que la profession ait ses spécificités, c’est un problème qui dépasse largement le journalisme : notre société reste sexiste par bien des aspects et il reste un réel travail d’éducation à faire pour que cela change. Et pour y parvenir, la première étape est de refuser de se taire et de laisser passer.