Maëlle Giraud – Etudiante à l’ENSM, Ecole Nationale supérieure maritime

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Qui ? Maëlle Giraud

Mission ?  Etudiante en master 2 à l’ENSM.

La Phrase : « Une femme va se montrer plus astucieuse à bord pour pallier sa différence physique et c’est, de mon point de vue, un atout majeur. »

 

Comment avez-décidé d’entrer à l’ENSM, la marine marchande était-elle initialement une vocation ? 

J’ai toujours souhaité travailler dans le milieu marin. Je m’intéressais tout particulièrement au métier d’océanographe et aux métiers de la marine nationale. J’ai découvert la marine marchande complètement par hasard lorsque j’étais en classe de première. Des capitaines de la marine marchande étaient présents à un salon des métiers de la mer à Bourg-la-reine pour présenter leur métier et l’ENSM (qui s’appelait alors ENMM). Cela m’a tout de suite plu : travailler sur les navires tout le temps (et non une semaine de temps en temps comme les océanographes), étudier des domaines très variés et avoir une possibilité de reconversion assez simple, tous ces éléments m’ont convaincue que ce métier était pour moi. Et pour l’instant, je ne regrette pas du tout mon choix

Vous êtes actuellement en M2 à l’ENSM : quel est votre parcours ? En quoi consistent exactement vos études ? A quels genres de missions vous destinent-elles ?

J’ai tenté le concours d’entrée en Terminale. Je n’ai pas été reçue donc j’ai étudié un an en classe préparatoire de mathématiques (MPSI) pour mieux me préparer et avoir une autre voie si jamais je ne réussissais toujours pas le concours. Cela a été une année très éprouvante pour moi mais elle a porté ses fruits puisque que j’ai été reçue et qu’en plus je me trouvais dans le milieu du classement des admis.

L’ENSM prépare les élèves au métier d’officier de la marine marchande, c’est-à-dire à diriger les marins de commerce et à conduire les navires. C’est une formation reconnue dans le monde entier car elle répond à des critères communs à tous les pays (critères de l’OMI, Organisation Maritime Internationale). La particularité de la formation française est que nous sommes formés pour être polyvalents : nous pouvons travailler à la passerelle ou à la machine, contrairement aux marins des autres pays qui eux doivent choisir une formation passerelle ou une formation machine. La formation dure cinq ans et demi au cours desquels nous effectuons douze mois de stages à bord de navires de commerce et nous étudions des domaines très variés : navigation, thermodynamique, électrotechnique, automatique, sécurité, médecine, mécanique, droit international, relations humaines…

A l’issue de notre formation, nous sommes capables de conduire un navire, gérer un équipage et réparer des machines. Nous naviguons sur des navires très divers et ce dès notre première année d’étude lors de nos stages embarqués. Je n’ai pas encore eu l’occasion de naviguer en tant qu’officier mais, en tant qu’élève, j’ai déjà eu la chance de découvrir de nombreux types de navires. J’ai embarqué sur un vraquier (navire transportant du minerai de fer), sur un ferry, sur un méthanier (navire transportant du gaz liquéfié) et sur un navire de recherche océanographique.

Est-ce difficile d’être une femme dans un milieu dit d’hommes ? Êtes-vous déjà parfois victime de sexisme ?

Je pense qu’aujourd’hui être une femme sur un navire ne pose plus trop de difficultés. Les navires sont de plus en plus automatisés et le métier est nettement moins physique qu’il y a quelques dizaines d’années. Mais c’est un milieu qui reste très masculin (nous sommes 10% de femmes à l’école) et être une femme sera plus ou moins difficile selon le type de navire. Il y a en effet plus de femmes sur un ferry que sur un pétrolier, donc l’intégration sera certainement plus facile sur un ferry.

Le métier de marin est quand même particulier et ceux qui le choisissent (hommes comme femmes) ont en général une personnalité assez forte. Personnellement, je n’ai jamais été victime de sexisme à proprement parlé. J’ai essayé de montrer ce que je valais dès mon arrivée à bord de chaque navire. Si j’étais automatiquement bien acceptée à la passerelle, j’ai été un peu testée à la machine avant d’être complètement acceptée : certains mécaniciens ont vérifié le serrage des écrous après moi par exemple. Je pense qu’une femme va se montrer plus astucieuse à bord pour pallier sa différence physique et c’est, de mon point de vue, un atout majeur : on réussira sûrement mieux à gérer une situation délicate ou inconnue ensuite.

J’ai quand même remarqué qu’une femme est assez facilement acceptée dans les postes de commandement mais que l’intégration est encore délicate au niveau du personnel d’exécution. Cela reste un domaine assez dur physiquement et donc beaucoup plus masculin et sexiste.

Avez-vous des modèles qui vous inspirent, féminins ou masculins ? 

Lorsque j’étais petite, j’admirais beaucoup Helen Mac Arthur, navigatrice anglaise. Sa force de caractère et le fait qu’elle ait participé à des courses en solitaire m’ont fortement impressionnée et cela a sûrement influencé ma façon de grandir. Le commandant Cousteau aussi, de par son travail, m’a fortement impressionnée et c’est, je pense, ce qui fait que j’aspire plutôt à naviguer sur des navires de recherche.

Aujourd’hui, je ne sais pas si j’ai des modèles mais j’ai un très fort respect pour certains de mes professeurs et certains officiers que j’ai rencontrés à bord. Et il est sûr que ces rencontres ont changé ma façon d’appréhender les choses.