Madeleine Brès (1842-1921) – Médecin

Originaire du Gard, Madeleine Gebelin, de son nom de jeune fille, raconte que sa vocation médicale est née très tôt, à l’âge de 8 ans, quand une religieuse de l’hôpital de Nice la prend sous son aile et lui fait confiance pour l’aider dans son travail. A 11 ans, elle déménage à Paris avec sa famille et se marie à l’âge de 15 ans avec un conducteur d’omnibus.

Grâce à l’ouverture du baccalauréat aux femmes en 1861, Madeleine se présente en 1866 devant le doyen de la faculté de médecine afin qu’il l’autorise à s’inscrire à la faculté. Il lui promet cette autorisation à condition qu’elle obtienne le baccalauréat, ce qu’elle réalisera trois années plus tard. A une époque où les femmes doivent obtenir le consentement de leur mari pour suivre des études, seules trois femmes étrangères sont détentrices de diplômes équivalents au baccalauréat et ont obtenu le droit de suivre ces cours. Critiquée par de nombreux hommes pour cet affront intellectuel, à l’instar du docteur Henri Montanier qui dira « pour faire une femme médecin, il faut lui faire perdre la sensibilité, la timidité, la pudeur, l’endurcir […] ». Après une lutte acharnée pour son obtenir son acceptation, c’est grâce à l’intervention de l’impératrice Eugénie et au nom de la liberté du travail, que Madeleine obtient son admission en faculté de médecine.

Alors âgée de 26 ans et mère de trois enfants, Madeleine Brès devient élève stagiaire en 1869 dans le service du professeur Broca à l’hôpital de la Pitié. A cause de la guerre franco-allemande et l’absence de nombreux hommes partis au front, elle devient interne provisoire jusqu’en 1871. Pleine d’ambitions, elle souhaite se présenter aux concours de l’externat puis de l’internat. Malgré le soutien du Pr Broca, son admission lui est refusée par un directeur d’hôpitaux.

Désormais veuve et ayant toujours ses enfants à charge, elle décide de devenir pédiatre : elle prépare alors une thèse en 1875, intitulée « De la mamelle et de l’allaitement ». Elle obtient la mention très bien et devient la première femme médecin en France, cinq années après une Britannique. Durant sa carrière professionnelle, elle sera enseignante, dirigeante d’un journal, auteure, missionnée parfois par le gouvernement pour étudier à l’étranger et pourtant, elle mourra à Montrouge à l’âge de 79 ans dans la pauvreté. »