Loïck Roche – Directeur de Grenoble EM

loick_roche

Qui : Loïck Roche

Mission : Directeur de Grenoble Ecole de Management

La phrase : « L’Enseignement Supérieur ne fait pas grand-chose pour la parité, disons le strict minimum. »

Vous êtes engagé dans la promotion de la parité – vous avez rédigé plusieurs articles à ce sujet – quelle est la source de cet engagement ?

Un engagement personnel : je suis viscéralement allergique à toute forme d’injustice. Celle qui touche encore — au XXIe siècle ! — à la non-égalité entre les hommes et les femmes (dans les carrières, les salaires, l’accession à certaines fonctions, certains métiers…) est insupportable.

Un engagement professionnel : je suis tout aussi viscéralement attaché à la compétitivité de la France et donc à la compétitivité des entreprises, administrations, organisations… J’y participe par mon travail, mon impact dans l’enseignement supérieur et la recherche. Je le fais aussi par mes prises de position, mes conférences, mes écrits.

Les femmes — au même titre que les hommes qui peuvent déployer avec talent d’autres qualités — sont un atout essentiel.

Plus généralement, bon nombre des traits de caractère requis pour performer aujourd’hui dans le management, le leadership — compétences relationnelles et d’écoute, sens du développement de la communauté, capacité à inclure, à encourager, capacité à mettre les objectifs du groupe et de l’intérêt général avant la réalisation de soi ou son avancement personnel,… — sont des traits que l’on retrouve plus spontanément chez les femmes que chez les hommes. D’où ma thèse : non seulement les femmes seront de plus en plus appréciées pour leurs capacité à entreprendre, pour leurs capacités à manager, à diriger, mais les hommes gagneront à travailler, pour les développer, ces mêmes compétences.

Vous qui êtes en contact permanent avec les étudiants, la parité et l’égalité des sexes sont-elles des préoccupations des nouvelles générations de décideurs ? On entend beaucoup dire qu’il y a un désengagement de la nouvelle génération par rapport à cette question voire un recul, est-ce ce que vous constatez ?

Je n’observe pas un désengagement, ce qui voudrait dire un renoncement des nouvelles générations pour ces questions de parité, d’égalité. Tout simplement, pour les nouvelles générations, ce n’est pas un problème. Ce n’est donc pas une question. La parité, l’égalité entre les hommes et les femmes, sont du domaine de l’évidence. Une femme comme un homme peut diriger avec talent d’autres femmes, d’autres hommes. Une femme comme un homme peut être à l’origine d’une start-up, créer et développer avec succès une entreprise. Oui, bien sûr, à travail égal, salaire égal. Comment pourrait-il en être autrement ? Penser l’inverse serait aussi grossier pour ces nouvelles générations que pour nous nous demander si le droit de vote doit aussi concerner les femmes.

Pour vous, l’Enseignement Supérieur est-il suffisamment actif dans les questions de la parité ? 

(rires) …Il ne fait pas grand-chose, disons le strict minimum. Combien de président(e)s d’universités, de directeurs(trices) de grandes écoles ont-ils/elles pris position par des écrits ou/et déclarations ? Plus grave encore, combien au sein même de leur propre structure bataille réellement pour la parité dans les organes de décision, l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes dès lors qu’ils exercent une même fonction et réussissent tout aussi bien ?

Même si cela ne fera pas plaisir à lire, si nous voulons que l’enseignement supérieur progresse sur ces questions, il ne faut pas viser la parité pour la parité, l’égalité pour l’égalité. La mission des grandes écoles et universités n’est pas de mettre les bonnes croix dans les bonnes cases ! Rien ne doit nous détourner de notre mission qui est d’accompagner la performance des entreprises, des organismes de recherche…, par la formation de compétences (formation initiale et continue) et nos contributions intellectuelles. Mais, et c’est là que c’est intéressant, la performance des entreprises, l’intérêt des organisations, c’est de pouvoir recruter, s’entourer, prendre appui sur les meilleurs. Et, parce que les femmes font partie des meilleurs, et même peuvent être meilleures que les hommes, c’est bien ce que montrent toutes les recherches, elles doivent avoir toute leur place au sein des organisations, des entreprises… — et naturellement tous les attributs qui vont avec : titre, salaire, reconnaissance…

Dans votre article intitulé « Femmes dirigeantes : n’imitez pas les hommes ! » vous exhortez les femmes à ne pas avoir un management dit masculin, comment les Ecoles de management – en particulier GEM (Grenoble Ecole de Management) – préparent ou devraient préparer les futurs managers à cette position ? 

Les hommes et les femmes sont porteurs de très belles qualités. Certaines sont partagées, d’autres moins qui correspondent qu’on le veule ou non à leurs spécificités. C’est notamment, et par exemple, la thèse que je développe et défends avec ce que j’ai appelé l’expérience fondatrice de la transmission de la vie par les femmes — expérience qui instaure une relation à la mort différente de celle des hommes — et développe ou renforce des qualités féminines spécifiques.

Pour ce qui est des écoles de management et de GEM en particulier, nous sommes là dans un espace très protégé de cette forme de bêtise qui voudrait qu’on ne pense pas la place des femmes dans la société à l’égal de la place des hommes. Les étudiants sont pour 50% des hommes, pour 50% des femmes. A GEM, le comité exécutif est composé de 4 femmes et 4 hommes. Mes choix n’ont pas été dictés par la parité, mais par la compétence. Il se trouve que la parité y est aujourd’hui parfaitement respectée. Demain, nous aurons peut-être 5 femmes pour 3 hommes, et ce sera très bien. Une fois encore, pour moi c’est la compétence qui importe. Et sur la ligne des compétences, hommes et femmes doivent avoir les mêmes chances.

Enfin, les thématiques de nos enseignants-chercheurs font la part belle aux problématiques hommes-femmes. Pour exemples, des équipes sont concentrées sur l’entrepreneuriat mais aussi sur le leadership au féminin.