Laurence Le Ny – Directrice de l’écosystème Startup des industries créatives chez Orange

Qui ? Laurence Le Ny

Mission ? Directrice de l’écosystème Startup des industries créatives chez Orange au sein de la direction en charge des Contenus

La Phrase : « De façon générale, dans le domaine des industries créatives et culturelles, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que des femmes puissent avoir des postes de direction ! »

 

Laurence Le Ny vous êtes directrice de l’écosystème Startup des industries créatives chez Orange au sein de la direction en charge des Contenus, auparavant vous avez exercé plusieurs responsabilités au sein de l’industrie musicale notamment en tant que directrice générale du label Epic chez Sony et de Warner music . En juillet 2019, vous avez reçu les insignes de Chevalier dans l’Ordre national du Mérite, quel regard portez-vous sur votre carrière ? 

Je n’ai jamais vraiment regardé en arrière, mais il est vrai que cet événement m’a finalement « obligée » à faire cet exercice. Cela a été aussi l’ occasion de partager mon parcours et de remercier celles et ceux qui y ont contribué.

Ma vie professionnelle a commencé  dans l’industrie musicale , j’avais 20 ans et j’y suis restée plus de 23 ans.

J’ai été secrétaire puis attachée de presse. Je venais d’avoir 30 ans quand le président de Sony Music à l’époque Henri de Bodinat m’a nommée à la direction générale du label Epic. Des années passionnantes et très intenses avec de nouvelles responsabilités, dans tous les sens du terme : recrutement des équipes , signatures et gestion des artistes comme Polnareff, Obispo, NTM , Christophe… Michael Jackson, George Michael…. et la naissance de ma fille et de mon fils !

Début des années 2000, comprenant que le monde était en train de changer avec l’arrivée du Numérique, toujours curieuse et avide de nouvelles expériences et envie d’apprendre,  je suis arrivée chez  Orange pour créer et diriger le département Musique au sein de la toute nouvelle direction des Contenus.

13 années très riches où nous avons conçu toutes sortes de produits et de services de Musique commercialisés par nos filiales Orange (Europe et MEA). Quand de nouveaux acteurs sont arrivés sur le marché proposant le streaming comme nouvel usage, nous avons développé une nouvelle stratégie, aujourd’hui nous parlerions « d’open innovation » en faisant un partenariat stratégique avec Deezer, jeune startup qui avait un fort enjeu sur son offre premium. Un partenariat innovant entre un telco et un service de musique, « précurseur » qui a permis une accélération et une démocratisation de l’usage du streaming, avec aujourd’hui, nous en sommes ravis, un retour à la croissance de la musique enregistrée.

Finalement, ce qui a toujours été un moteur pour moi c’est de fédérer mes équipes autour d’un projet qu’il soit artistique ou qu’il soit industriel pour l’amener au succès, dénicher des talents, de bons profils avec de belles personnalités et les accompagner pour qu’ils s’épanouissent et grandissent… ma plus grande satisfaction est de voir toutes celles ou ceux qui ont fait partie de mes équipes et qui, aujourd’hui, ont des responsabilités chez Orange, dans l’industrie musicale, Deezer, Spotify, Youtube… dans des médias, etc.
Depuis 2 ans, j’ai un rôle transverse au sein de la direction Orange Content en lien direct avec l’écosystème des start-up des industries créatives. Ma mission est plus orientée « soft power », sur de la transmission, du mentorat et des mises en relations ce qui me permet de redonner ce que j’ai appris pendant toutes ces années.

Vous êtes au plus proche de l’écosystème des start-up de la culture, comment le qualifieriez-vous ?

C’est un écosystème très dynamique mais encore très fragile. Dans ce domaine, il ne faut pas oublier qu’il y a un «tiers » que l’on appelle « l’ayant droit » qui finalement valide le modèle économique de votre produit/service et cela dans un délai qu’il maîtrise quasiment. Quelques fois, les start-up ne mesurent pas suffisamment ou pas assez tôt l’importance de ce paramètre déterminant pour la survie de leur entreprise et cela d’autant plus important qu’il faut « rassurer » les investisseurs, trop rares dans le domaine de la culture.
Il y a un vrai sujet d’amélioration dans l’accompagnement stratégique et le financement des start-up dans ce domaine.

Pour vous, comment le numérique change le secteur culturel ?

Le numérique impacte tous les secteurs et donc la culture aussi. La musique enregistrée a d’ailleurs pris en premier la vague du numérique de plein fouet en mettant du temps à réagir.
La structuration des marchés de chaque secteur étant différentes  (musique, cinéma, jeux vidéo , livres… spectacle vivant, …) le numérique a un impact plus ou moins rapide et violent en fonction aussi des centres de décision (local versus international). Mais aujourd’hui tous les secteurs sont en pleine transformation et l’acculturation de façon générale à ce qui se passe en terme d’innovation au niveau international est clé pour réussir cette transformation des secteurs culturels. Sans oublier que les artistes ont toujours utilisé la technologie pour créer. Le numérique est un outil formidable et porte des innovations technologiques, d’usage ou de modèles économiques. Il permet de remettre l’artiste au centre avec une meilleure maîtrise de son écosystème professionnel et son public. Cela leur donne les moyens d’assouvir une créativité débordante et poétique et d’immerger le spectateur tout en lui proposant d’être aussi acteur dans son œuvre. un monde des possibles s’ouvre !

Vous êtes aussi fortement engagée dans l’égalité femmes-hommes, pouvez-vous revenir pour nous sur cet engagement et les formes qu’il recouvre ?

C’est en effet un engagement que j’essaie de mettre en pratique de façon très pragmatique. Mais je dois reconnaître que je n’ai jamais été « aidée » par une femme et donc pas de « rôle modèle ». Et finalement, je me suis rendue compte que pour certaines jeunes femmes que je rencontrais mon parcours atypique questionnait.

Je me suis engagée naturellement en faisant des rencontres avec des entrepreneuses, des porteuses de projets, des artistes femmes, les  jeunes femmes de mon équipe et au sein d’Orange. Mon engagement est informel : il passe par l’écoute, le conseil, des mises en visibilité et des mises en relations. Mais je le fais aussi avec des hommes entrepreneurs ou porteurs de projets en les alertant aussi de façon bienveillante sur les enjeux de parité.

De façon générale, dans le domaine des industries créatives et culturelles il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que des femmes puissent avoir des postes de direction ! C’est pour cela qu’il est de mon point de vue très important de mobiliser les hommes sur ce sujet et ne pas les laisser de côté : ne pas oublier qu’aujourd’hui ce sont eux qui ont le pouvoir !

De façon plus formelle, je participe en tant que mentor à un programme en régions lancé par Fabienne Dulac, CEO Orange France « femmes entrepreneuses » et au premier programme de mentorat MEWEM créé par la Félin avec le soutien du Ministère de la culture et la CE au sein de la filière musicale.

Quels conseils donneriez-vous à toutes celles et tous ceux qui sont au début de leur carrière ? 

Oser, ne pas avoir peur, ne pas trop attendre de l’autre et ce qui m’a toujours guidé : intuition, conviction et persévérance !