Johanna Guillon – Ingénieure (Ponts et Chaussées)

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Qui : Johanna Guillon

Mission : ‎Ingénieure (Ponts et Chaussées) – Head of Global Inventory at Sandvik Mining

La phrase : « Il n’existe aucun obstacle dans l’éducation française pour les femmes qui souhaitent devenir ingénieure. »

 

 

Quel est votre parcours ?

J’ai eu la chance d’être élevée dans une famille où les études étaient à l’honneur et j’étais particulièrement douée en mathématiques. La voie était toute tracée, section scientifique et école préparatoire maths sup/maths spé au Lycée Hoche à Versailles. Quand le choix de l’école est arrivé, entre Les Mines, Normale Sup Cachan et Les Ponts et Chaussées, c’est cette dernière qui l’a emporté – je sentais que l’ENPC me permettrait de rentrer rapidement dans le concret et j’avais déjà une préférence pour les métiers de l’industrie. L’école m’a permis de confirmer cette tendance dès le stage d’ouverture – 1 mois en tant qu’ouvrière sur ligne chez William Saurin. Cela a été le premier déclic de ma vie professionnelle : j’aimais le concret et l’ambiance d’industrielle. Ma deuxième expérience en tant stagiaire fut chez Pechiney, où je passais 1 an en stage long à optimiser la charge des usines européennes ; deuxième déclic : j’aimais la Supply Chain, cela me parlait, tout faisait sens – c’était juste logique.

A la fin de l’école, je commençais la première partie de ma carrière en 2004 dans le Conseil en Supply Chain chez PEA Consulting (une filiale d’Areva) où la pratique Supply Chain en industrie était très forte. Je me souviens que ce choix fut guidé par une certaine frustration : l’inertie est grande dans les entreprises, et encore plus quand on est en bas de l’échelle – peu de chance de faire bouger les choses. Je me suis dit qu’en tant que consultante j’aurai la possibilité d’agir plus rapidement. 3 ans plus tard, j’avais vécu les expériences basiques qu’une jeune consultante française peut connaître.

En 2007, je franchissais un deuxième cap important : j’intégrais PRTM, cabinet de Conseil Américain en Supply Chain et Opérations. Dans la cour des grands. Un cabinet à taille humaine (nous étions une trentaine au bureau de Paris) mais avec un réseau mondial très fort et des profils hors du commun (expérience, nationalités, parcours, humanité). Là ce fut la fin de l’adolescence professionnelle, responsabilités, enjeux, voyages, charge de travail, tout fut démesuré. J’ai grandi et j’ai adoré.

En 2012, après avoir fait le tour du monde un certain nombre de fois, j’avais envie d’autre chose : être impliquée sur le long terme, avoir une équipe pour plus de 3 mois, m’investir sur un sujet et l’amener au bout… Avoir ma propre vision. La vie m’a souri. Mon dernier client, Sandvik Mining (entreprise d’équipement miniers Suédoise), me fit une offre pour les rejoindre, et l’emploi proposé était un pont parfait entre les deux mondes : VP du centre d’excellence supply chain, développer/améliorer les process et la performance, avec une petite équipe.

Après un an, en 2013, on me proposait la direction mondiale des stocks et des achats de pièces de rechange. C’est l’emploi que j’occupe aujourd’hui. Une responsabilité financière importante, une équipe à développer (90 personnes), une grande diversité de culture, une grande marge de manœuvre, un emploi où peut s’exprimer ma vision.

Avez-vous jamais pensé qu’être une femme vous désavantageait dans votre vie professionnelle ?

Bizarrement (ou pas), j’ai ressenti l’inverse. En tout cas dans les premières années c’était plutôt évident : être l’outsider me donnait un avantage certain ; je ne pouvais qu’épater, surprendre.

Aujourd’hui c’est moins vrai, et c’est lié à mon poste : il y a beaucoup moins de place pour l’épate et je ne suis plus l’outsider… J’ai perdu l’avantage ! Après, je pourrais parler des différences de profils féminins/masculins (sur la communication, l’empathie, etc.) mais honnêtement il y a tellement d’exceptions, dans les deux sens à ce niveau, que je ne crois pas cela pertinent.

Que diriez-vous aux jeunes filles qui pensent que le métier d’ingénieur est un métier masculin ?

Je leur dirais que, oui, les statistiques (en commençant par le nombre de femmes en écoles d’ingénieur) font de ces métiers, aujourd’hui, des métiers très majoritairement masculins. Est-ce que cela pourrait être du 50/50 ou même s’inverser ? Je n’en ai aucune idée. Par contre, je suis convaincue que la proportion pourrait être bien plus grande !

Alors mesdemoiselles : il n’existe aucun obstacle dans l’éducation française pour les femmes qui souhaitent devenir ingénieure… et même s’il peut y avoir une certaine forme d’a priori à l’embauche, cela n’est certainement pas une excuse pour ne pas faire ce que l’on aime !

Croyez en vous !