Gilles Gourio – Professeur de mathématiques – Scienticfiz

Qui ? Gilles Gourio

Mission ? Professeur de mathématiques & créateur de la chaîne Youtube Scienticfiz

La Phrase ? « On entend plus de jeunes filles que de garçons dire par exemple à propos des mathématiques : « je suis nulle » ou « je ne comprends rien »

Vous venez de réaliser – toujours avec vos élèves – un portrait de Sophie Germain. Pourquoi avoir choisi de faire un portrait de cette femme ? Pour lutter contre les préjugés ? 

Je connaissais déjà pas mal d’éléments sur cette femme et lorsque j’ai proposé aux filles d’en faire un portrait en présentant brièvement son histoire, elles ont tout de suite adhéré, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’idée de parler d’une personne peu connue du grand public leur a plu, avec des scènes épistolaires vraiment intéressantes à tourner. Mais, par dessus tout, c’était l’aspect dont vous parlez qui les a touchées. Elles ont découvert à quel point Sophie Germain a dû lutter contre les préjugés de son époque et se battre pour se faire une place dans une discipline réservée aux hommes. C’est vraiment cet aspect qui les a le plus motivées, et cela dès le départ. Cela n’a fait que se confirmer au cours du tournage, avec un scénario qui a évolué pour le faire apparaître le plus nettement possible.

Comment ont réagi les élèves – filles et garçons – quant à ce projet ?

Ma foi très bien. Parmi nos vidéos, c’est celle qui a suscité le plus de réactions et d’encouragements. Quelques discussions ont pu s’engager avec des élèves qui étaient assez sidérés par les problèmes qu’a rencontrés Sophie Germain. Et encore, nous n’avons pas pu tout dire dans les vidéos pour rester dans une durée qui ne rebuterait pas les spectateurs. Nous sommes vraiment contents d’avoir réussi à susciter quelques débats, d’autant que c’est un sujet très actuel.

En tant que professeur, constatez-vous que les filles sont moins enclines à se destiner à des métiers scientifiques ? Vos élèves vous font-ils part de préjugés tels que les « sciences, c’est pour les garçons » ? 

Dans mon collège, je ne dirais pas que les filles sont moins enclines à se destiner à des métiers scientifiques, même si un certain nombre d’entre ellles souhaitent s’orienter dans la coiffure ou l’esthétisme (très à la mode). Nous avons à peu près des taux de passage en première S équivalents entre les garçons et les filles, bien que cela ne garantisse pas qu’elles feront des études de sciences après. Les sciences ne semblent pas avoir une cote maximale en ce moment mais j’ai régulièrement des nouvelles d’anciens élèves, garçons ou filles, et il y a des scientifiques des deux côtés. En revanche ce qui est vrai je trouve, c’est que l’on entend plus de jeunes filles que de garçons dire par exemple à propos des mathématiques : « je suis nulle » ou « je ne comprends rien ». Ce qui est d’ailleurs totalement faux ; cela relève davantage d’une idée qu’elles se font car elles se débrouillent tout aussi bien !

Allez-vous continuer les portraits de femmes de sciences « oubliées » ?

C’est effectivement dans nos projets. Citons quelques exemples des femmes de sciences dont nous avons discuté et dont nous souhaitons faire le portrait. Hypathie, considérée comme la première mathématicienne, dont le destin a été tragique à cause de sa passion et de ses opinions. Sofian Kovalevskaya, une mathématicienne russe, qui a eu le même type de problème que Sophie Germain. Emmy Noether, mathématicienne allemande, qui non seulement était une femme mais qui de plus était juive, avec ce que cela impliquait dans les années 1930. Et enfin, plus connue, les filles tiennent beaucoup à tourner une vidéo sur Marie Curie.