Françoise Banat-Berger – Directrice des Archives Nationales

Qui ? Françoise Banat-Berger

Mission ? Directrice des Archives Nationales

La Phrase : « Nous avons, dès 2013, fait des archives de genre un axe de travail majeur de notre programme scientifique et culturel. »

 

 

Françoise Banat-Berger, vous êtes directrice des Archives Nationales depuis 2014, quel a été votre parcours ?

Après des études à l’École nationale des Chartes et une thèse d’histoire sur les maisons centrales de Melun, Poissy et Eysses dans la première moitié du XIXe siècle, j’ai débuté ma carrière de conservateur aux Archives de Paris de 1987 à 1995, avant d’être responsable des archives du ministère de la Justice entre 1995 et 2004. Durant cette période, je me suis consacrée à la valorisation des archives judiciaires de l’époque contemporaine et des fonds judiciaires relatifs à la Guerre d’Algérie ; je me suis intéressée aussi à l’évolution du droit de la preuve dans l’environnement numérique, en participant à l’élaboration de la réglementation de la dématérialisation des actes authentiques et à la question plus globale de l’archivage numérique.

J’ai ensuite rejoint la direction des Archives de France comme responsable du département de l’innovation technologique et de la normalisation, où j’ai participé à la définition d’une politique en matière d’archivage électronique sur l’ensemble du réseau archives, ainsi que travaillé à la normalisation des instruments de recherche sous forme numérique. J’ai été ensuite nommée Sous-directrice de la politique interministérielle et territoriale pour les archives traditionnelles et numériques de 2010 à 2014, en charge donc de la politique archivistique, et j’ai, durant cette période, enseigné à l’Ecole nationale des chartes en tant que professeure associée. J’ai été nommée directrice des Archives nationales en septembre 2014.

Pouvez-vous nous expliciter les missions des Archives Nationales ?

Les Archives nationales ont été créées pendant la Révolution française, elles conservent les archives publiques des différents régimes politiques qui se sont succédés, du VIIe siècle jusqu’à nos jours, ainsi que des archives privées et les minutes des notaires parisiens. Collecter, conserver, communiquer, faire comprendre et mettre en valeur leurs fonds, favoriser l’apprentissage de la citoyenneté en direction des jeunes publics, voilà les missions fondamentales des Archives nationales. Avec la loi du 7 messidor an II [25 juin 1794], la publicité et la communication des archives de l’État sont établies en principes garantes du régime démocratique. Aujourd’hui, toute personne peut consulter gratuitement les archives publiques dans nos salles de lecture de Paris et de Pierrefitte-sur-Seine, c’est-à-dire des centaines de kilomètres linéaires d’archives de toute nature, parchemin ou papier, mais aussi enregistrements sonores, fichiers numériques. Parmi ces documents, certains symbolisent des étapes majeures de l’histoire de France : les papyri mérovingiens, le procès des Templiers, le journal de Louis XVI, le serment du Jeu de paume, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, le testament de Napoléon, les Constitutions successives de la France… Parmi les archives nativement numériques que nous conservons depuis le début des années 1980 (aujourd’hui 45 tera octets de données, soit environ 150 millions de fichier), je peux mentionner le premier recensement effectué par l’INSEE sous forme numérique en 1962, ou encore les archives numériques des plus récents cabinets ministériels, sans oublier l’enregistrement audiovisuel de grands procès, au titre des archives audiovisuelles de la justice.

Les Archives nationales conservent les archives des administrations de l’État (hormis celles des ministères des Affaires étrangères et de la Défense) dont le champ de compétence s’étend à l’ensemble du territoire national. À ces fonds publics s’ajoutent des archives privées d’intérêt national, par exemple celles des hommes et femmes politiques dont nous conservons déjà les papiers produits dans le cadre de leurs fonctions publiques à la tête de ministères ou de cabinets ministériels.

La mission fondamentale des Archives nationales reste de communiquer les fonds qu’elles ont collectés. Pour que cette communication au public soit possible, les archivistes font un gros travail de classement et d’inventaire ; les instruments de recherche (plus de 25 000!), aujourd’hui consultables sous format électronique, permettent d’orienter le public efficacement.

A travers les nombreux débats qui surgissent régulièrement, on voit que la place des femmes dans la société française n’est pas si évidente que cela, est-ce pour cela que vous avez choisi Aux Archives Citoyennes comme thématique culturelle de cette année ?

Quand nous nous sommes installés sur le site de Pierrefitte-sur-Seine, nous avons tout de suite eu des liens étroits avec l’Université Paris VIII en pointe sur la question du genre. Pour cette raison, nous avons, dès 2013, fait des archives de genre un axe de travail majeur de notre programme scientifique et culturel.  L’an dernier, l’exposition « Présumées coupables » qui retraçait l’histoire des femmes qui, depuis le Moyen Age, ont été confrontées à l’institution judiciaire, a été un grand succès. Ces paroles de femmes émergent du temps et nous racontent des choses très personnelles, intimes et familiales. Elles sont un témoignage d’une richesse incroyable sur la société de l’époque. Aux Archives nationales et dans l’ensemble du réseau des services publics d’archives, on trouve les archives versées par les institutions publiques dont certains fonds sont extraordinairement riches sur l’histoire des femmes. On trouve aussi les fonds de tous les cabinets en charge des droits des femmes depuis 1981 ainsi que le fonds de Simone Veil dont on sait le rôle déterminant dans l’histoire des femmes. Les fonds d’archives privées, déposés ou donnés par des associations et des particuliers, complètent et enrichissent ces fonds d’archives publiques. On trouve notamment des archives de femmes résistantes. Je pense à Lucie Aubrac, à Geneviève De Gaulle-Anthonioz dont le fonds met aussi en lumière le rôle à ATD quart-monde et dans la loi contre l’exclusion de 1990. On trouve aussi de nombreux fonds de femmes scientifiques, ceux notamment de l’anthropologue Françoise Héritier (décédée le 15 novembre 2017 – NDLR), de l’historienne Michelle Perrot, ou encore de la psychanalyste Françoise Dolto. Enfin, des fonds de femmes politiques (je pense notamment aux archives de Simone Veil dont l’inventaire a été publié en ligne très récemment, ainsi qu’aux archives des femmes ministres en charge des droits des femmes), de partis politiques de femmes, d’associations diverses, de femmes diplômées d’universités, de militantes des mouvements LGBT, ou encore le fonds de l’association France Libertés dont s’est occupée Danielle Mitterrand… c’est dire leur diversité.

Le cycle « Aux archives citoyennes ! » a donc pour objectif de mettre en valeur les archives et le parcours de femmes scientifiques, de femmes immigrées (en collaboration avec l’association Génériques), de femmes militantes, de femmes de culture, parcours qui s’achèvera avec la fête de la musique en juin 2018, et une grande collecte sur le territoire,  pilotée par les Archives de France, sur les archives des femmes au travail.