Fais pas Genre ! – Association d’étudiant.e.s du CELSA

Qui ? Fais Pas Genre !

Mission ?  Association d’étudiant.e.s du CELSA

La Phrase ? « L’intersectionnalité, c’est considérer que les systèmes d’oppression envers les minorités discriminées s’autoalimentent et doivent être combattus en créant des alliances entre ces minorités mêmes. »

 

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Nous sommes des étudiant.e.s du CELSA, une école de communication et de journalisme. Nous venons tou.te.s d’horizons assez différents (prépa AL, BL, fac de lettres, IUT, etc.).

Fais Pas Genre ! est une jeune association créée en septembre 2017, constituée d’un webzine et d’une partie événementielle (exposition, projection de film, …). Notre but est d’apporter des analyses pertinentes dans la réflexion sur le genre en couplant ces problématiques avec des sujets d’actualités, des objets d’études culturels ou communicationnels.

Le format du webzine nous a paru être une évidence : il permet de publier un contenu régulier sans contraintes matérielles, et à tou.te.s de s’exprimer facilement.

Les membres de l’association ont des origines socio-économiques, culturelles, ethniques et des orientations sexuelles différentes. Ils vivent donc les oppressions différemment. Nous voulions que cette multiplicité de vécus puisse s’exprimer.

Pourquoi avoir créé « Fais pas genre » ?

Un constat nous a frappé.e.s en début d’année : parmi les nombreuses associations proposées au CELSA, aucune ne touchait aux thématiques féministes, antiracistes, etc.

Très vite, l’idée de créer notre propre media s’est imposée et a été bien accueillie par l’école, moins bien par certain.e.s autres élèves, ce qui nous a encouragé.e.s dans notre démarche.

Le CELSA étant une grande école de communication, elle forme les futur.e.s communicant.e.s, qui seront ammené.e.s à orienter les campagnes de communication. De plus, le profil type d’un.e élève du CELSA se situe plutôt du côté des priviliégié.e.s, qui n’ont pas forcément conscience de cette situation justement. Le but était de les amener à réfléchir sur ces sujets importants que sont le genre, le féminisme, l’intersectionnalité en général.

L’intersectionnalité, c’est considérer que les systèmes d’oppression envers les minorités discriminées s’autoalimentent et doivent être combattus en créant des alliances entre ces minorités mêmes. Ce cadre de réflexion a été une nécessité pour nous afin d’allier toutes les thématiques que nous souhaitions aborder et ainsi placer notre association dans une dynamique de convergence des luttes.

Quelles difficultés et quelles actions pensez-vous nécessaires pour réussir l’égalité dans le secteur ?

La communication repose sur un principe : faire appel aux stéréotypes inconscients afin de toucher un public ciblé. C’est pour cela que de nombreuses campagnes jouent sur les clichés : le message doit être facile à comprendre, par le plus grand nombre.

Or, c’est justement en véhiculant des stéréotypes sexistes, racistes, homophobes qu’on les alimente.

L’enjeu est donc de mettre en place une communication plus inclusive en sensibilisant notamment les personnes travaillant dans ce secteur. Chaque communicant.e fait en effet appel à ses propres stéréotypes afin d’en créer de nouveaux. Agir au sein même d’une école de communication est donc nécessaire !

Nous pensons qu’il faudrait ainsi plus de prévention : des campagnes spécialisées sur le sexisme au travail, organiser des temps de discussion afin d’expliquer les inégalités. Un.e chargé.e de l’égalité pourrait être obligatoire dans les services afin d’aider à la reconnaissance des oppressions subies par les minorités. Une sanction systématique pour les organismes ou personnes qui ne respecteraient pas les normes devrait être mise en place.

Vous êtes très attentifs à la question du langage inclusif, d’ailleurs dans vos articles on remarque toujours l’utilisation de la double formule masculin/féminin. Pour des futurs professionnels de la communication et des media comme vous, c’est à partir d’actions sur la langue que les choses vont avancer ? 

Nous sommes convaincu.e.s que le langage structure notre vision du monde en induisant des systèmes de représentation dans l’esprit des personnes, systèmes perçus comme inhérents au monde. Or, il ne faut pas oublier que la langue est une construction sociale. Elle est en perpétuelle évolution pour répondre aux changements sociétaux. Il n’est pas anodin d’apprendre depuis notre plus jeune âge que « le masculin l’emporte sur le féminin ». Simone de Beauvoir parle également de « neutralité du masculin », ce qui est un concept très intéressant car il revient à placer les femmes dans une condition de négation.

Une prise de conscience de l’invisibilisation des femmes dans le langage a été pour un membre de notre équipe d’avoir passé une soirée uniquement en compagnie de femmes et lors de laquelle l’une d’elle s’est excusée d’avoir dit « on est vraiment folles » au lieu de « fous », comme la règle l’ordonne. On peut ainsi observer que la plupart des personnes considèrent que féminiser le masculin est une offense ! Au contraire, il arrive rarement qu’une femme dans un groupe demande à ce qu’on féminise la totalité du groupe. L’idée qu’un homme vaut plus que tout un groupe de femmes est transmise à travers la langue, c’est pour cela que nous considérons l’écriture inclusive comme indispensable.

Enfin, notre réflexion dépasse le cadre de l’écriture inclusive en réfléchissant sur les autres biais racistes ou homophobes qui agissent dans la langue française. L’exemple le plus frappant étant celui des insultes qui sont presque toujours fondées sur des termes humiliants pour les minorités en générale.