Emmanuel Carli – CEO EPITECH

Qui ? Emmanuel Carli

Mission ? CEO à EPITECH

La Phrase ? « Nous devons former les jeunes esprits au monde de demain, les accompagner dans leurs rêves tout en leur montrant la réalité.  »

 

Vous êtes le directeur de l’école EPITECH. Pourriez-vous nous présenter l’école et vos ambitions pour l’avenir ?

EPITECH a été créée en 1999. Aujourd’hui, c’est 1 400 inscrits par an en France, 13 campus et désormais une ouverture à l’international.

C’est une école d’informatique dont les fondamentaux reposent sur la méthode projet. C’est ce qui nous semble le meilleur moyen pour faire face à la vitesse à laquelle évolue sans cesse ce domaine et plus on avance, plus les évolutions sont rapides. Donc la posture de l’enseignement traditionnel ne peut résister à cette accélération, mais le mode projet est pérenne. Nous apprenons donc à nos étudiants à réfléchir et s’organiser dans cette structuration particulière.

Nos enseignements reposent sur plusieurs piliers. Tout d’abord, apprendre à apprendre, désapprendre et réapprendre. Puis le triptyque : comprendre, traiter, implémenter. Ces deux premiers piliers interdisent la posture passive, les étudiants sont obligés de « faire ». Les enseignants, quant à eux, sont plus des coachs : ils les accompagnent dans leur projet et leur réflexion.

Cette méthode nous permet d’éviter un écueil qui représente le « skills gap » autrement dit nous formons des jeunes pour un métier, il y a un alignement entre leurs études et les besoins des entreprises et ce qu’on attend d’eux dans la vie professionnelle.

Une autre force d’EPITECH est sa capacité à gérer les profils différents. Il est des mythes qui ont la vie dure, particulièrement celui qui fait des profils informatiques des profils scientifiques. Si la majorité a en effet suivi une Terminale Scientifique, nous avons des jeunes venant de ST, L & ES ainsi que des bacs professionnels. Si nous pouvons avoir une telle diversité de profils, c’est que nous avons adapté notre processus de recrutement. Nous cherchons à comprendre qui il y sont, et cela passe par différentes étapes entre leur candidature et leur admission : nous les rencontrons lors des salons, des Journées Portes Ouvertes, entretiens, coding days. Demain, serious game, coaching, piscine de code et présentation de l’école seront au programme du parcours de sélection. Notre volonté est que les jeunes puissent se projeter dans un métier, qu’ils prennent conscience de ce à quoi il se destinent, qu’ils comprennent les enjeux.

Sur quelles valeurs EPITECH a-t-elle été pensée ?

Il y a 4 valeurs fondamentales que l’école s’applique et qu’elle enseigne à ses élèves.

  • L’excellence. A ne pas associer avec l’arrogance car nous avons conscience que nous n’aurons jamais fini d’apprendre.
  • Le courage. De la différence, de l’inconnu, de finir ce qu’on a commencé.
  • L’éthique. Avoir conscience de notre rôle dans la société.
  • La solidarité. Apprendre et travailler ENSEMBLE.

Quels sont les enjeux de l’enseignement aujourd’hui ?

Les challenges sont nombreux et multiples. Le principal pour moi c’est de les préparer à un monde du travail qui sera sans cesse en mutation et leur inculquer une responsabilité dans la société. Ils doivent apprendre beaucoup et apprendre à trouver des solutions. Il faut les aider à prendre du recul sur les choses : par exemple, tout le monde veut rejoindre ou créer des start-ups : leurs discours font rêver et elles ont l’image d’être cool. Il est de notre devoir de freiner leurs ardeurs et de les mettre en garde : combien d’appelés pour combien d’élus ?

Nous avons aussi un devoir de les faire regarder ailleurs, vers d’autres mondes, d’autres modèles et comment comprendre les cultures d’ailleurs.

Nos responsabilités sont multiples, sur différents niveaux. Nous devons former les jeunes esprits au monde de demain, les accompagner dans leurs rêves tout en leur montrant la réalité. Leur faire prendre du recul sur les choses, la technologie et l’informatique ne sont pas des secteurs anodins ; il y a un risque de déstabilisation des sociétés – on l’a vu avec les manipulations lors du référendum qui a abouti sur le Brexit ou lors de l’élection de Trump – qu’il faut connaître et anticiper… Et c’est notre devoir que les étudiants sortent de notre école en ayant conscience de leur rôle.

D’un point de vue concret, nous adaptons notre piscine Moonshot : il s’agit, à partir de problématiques actuelles, de voir le plus loin et le plus haut possible et, ainsi, de dégager des solutions numériques dont on pressent déjà quelques-unes des conséquences pour l’avenir. Et ce, pas seulement dans la sphère digitale.

Les écoles comme la vôtre connaissent un problème de recrutement : il y a un manque d’intérêt des filles pour ces formations qui sont pourtant d’avenir. Quelles sont vos actions ?

Nous avons 5% de filles dans nos formations. Nos différentes actions n’ont à ce stade pas eu d’impact. Pourtant notre association EMMA-EPITECH – grâce au travail de Dipty Chander sa présidente – est passée de 4 étudiants en 2014 à 500 étudiants en 2018.

Nous regardons ce qui se passe ailleurs, nous essayons de comprendre les différentes techniques, nous allons continuer d’essayer à changer les choses.