Eddie Barrazuol – Génération PhD & TheMetaNews

Qui ? Eddie Barrazuol

Mission ? Fondateur GénérationPhD & Co-fondateur TheMetaNews

La Phrase : « La recherche n’est pas un luxe et la soutenir serait le meilleur investissement que pourrait faire le pays.  »

 

Eddie Barrazuol, vous êtes à l’origine de l’enquête Génération PhD, pouvez-vous nous parler de cette enquête et de ses résultats ?
L’enquête www.generationphd.com a recueilli fin 2018 les ressentis personnels, professionnels et opinions sur le milieu de la recherche de 2 574 jeunes chercheurs : doctorants et docteurs issus de toutes les disciplines et de l’ESR français. C’est en entendant depuis des années des témoignages de jeunes chercheurs et d’acteurs de la recherche sur leurs conditions parfois inquiétantes que m’est venue l’idée de cette initiative : interroger directement nos jeunes chercheurs sous la forme d’un sondage, avec l’originalité d’un angle plutôt sociétal. Génération Phd est aussi le prolongement d’un projet média non abouti à destination des jeunes chercheurs. Au-delà de l’enquête et de ses résultats, le site propose des articles consacrés au doctorat. Quant aux résultats, ils sont en ligne depuis mi-mars et ont fait l’objet d’une synthèse et de verbatims d’experts du doctorat comme l’ABG, Adoc Talent Management, OkayDoc,etc. et même d’Amélie de Montchalin (ex rapporteur spéciale du budget de la Recherche et désormais secrétaire d’État chargée des Affaires européennes). Les résultats et enseignements ne laissent pas indifférent et plus de 5 000 personnes les ont déjà consultés en ligne, voire téléchargés leur version complète.

Avez-vous des disparités notables dans les réponses entre chercheuses et chercheurs ?
Tout d’abord, il n’est pas anodin de préciser que les femmes ont massivement participé à l’enquête puisqu’elles représentent 62 % des répondants alors qu’en réalité elles représentent un peu moins de 50 % dans les effectifs de doctorants (Source : MESRI-SIES). Beaucoup d’entre elles ont d’ailleurs salué l’initiative par des remerciements sur le fait de s’intéresser aux jeunes chercheurs et de leur donner la parole, parfois même d’aborder des questions délicates, voire taboues.

Au sein des résultats publiés, nous proposons un focus sur l’égalité femme/homme. Sur cette thématique, 51% des jeunes chercheuses pensent qu’il n’y a pas assez de femmes dans la recherche vs 41% chez les hommes. Autre exemple, si les trois quarts des répondants estiment qu’on est loin de l’égalité femme-homme dans la recherche, cette opinion est validée par 85 % des femmes quand elle atteint 64% chez les hommes. Sur cette même question, un écart de 30 points ressort entre les femmes et les hommes chercheurs en Sciences du Vivant !

Sur bien d’autres questions comme l’inquiétude des parents, l’optimisme pour son avenir, sa propre considération en tant que professionnel de la recherche, etc., nous pouvons observer des disparités entre les chercheuses et les chercheurs. En découvrant les résultats, une docteure en neurosciences m’a parlé spontanément du syndrome de l’imposteur chez les femmes. A titre personnel, je trouve cette explication intéressante sur ce sentiment malheureusement encore trop présent dans notre société, mais les lignes bougent tout de même…Tant mieux !

Vous venez de lancer TheMetaNews, une newsletter à destination des chercheurs, pourquoi cette lettre ?

Avec Laurent Simon mon associé, nous sommes partis du constat que le quotidien des chercheurs était finalement peu abordé sous l’angle professionnel.

Au contraire de pratiquement toutes les professions, les scientifiques ne possèdent pas “leur” média. Si beaucoup de titres ciblent le grand public, aucun ne s’adresse directement aux chercheurs pour leur parler de leurs intérêts avec leurs mots. Cantonnés à leur domaine, les chercheurs ignorent souvent ce qui les rassemble.

Les arguments pour la création d’un média spécifiquement conçu pour les chercheurs sont nombreux. L’absence de concurrence installée sur ce marché combinée à des problématiques uniques permettent d’imaginer de nombreux contenus éditoriaux ou de services ad hoc.

Notre média c’est donc une newsletter directement adressée dans la messagerie professionnelle ou personnelle de nos abonnés. Nous sommes en phase de test actuellement avec l’envoi d’une newsletter hebdomadaire et un peu plus de 700 chercheurs qui nous reçoivent et nous lisent chaque semaine. Notre premier objectif est donc de rassembler une communauté de lecteurs, la plus importante possible avant le vrai lancement prévu pour la rentrée.

Avez-vous prévu de lancer un site ?

Oui bien sûr, même si le coeur de notre média est encore une fois la newsletter, il sera important rapidement de pouvoir expliquer davantage notre média TheMetaNews, notre promesse éditoriale, le contrat de lecture avec nos abonnés, la relation que nous souhaitons avec notre communauté, et même plus simplement qui nous sommes.

D’autre part, notre modèle économique se base sur l’abonnement payant. Nous pensons fortement que l’information a un coût, et donc un prix.
La relation des lecteurs avec les médias en ligne est en train d’ailleurs d’évoluer dans le bon sens et l’acceptation de payer pour de l’information de qualité se renforce. Enfin !

Nous visons en priorité des abonnement collectifs à l’échelle d’une équipe, d’un laboratoire de recherche par exemple.
Mais, il est également important qu’un chercheur à titre individuel puisse s’abonner en ligne directement sur notre site.

Pour gagner nos premiers abonnés, nous prévoyons une campagne de financement participatif au moment de notre lancement officiel de la rentrée. Notre site themeta.news devra donc être opérationnel au terme de cette campagne qui sera autant une campagne de communication que de financement.

Quel regard portez-vous sur la recherche en France ?

Je ne pourrai pas mieux dire que les chercheurs qui se sont exprimés le 18 mars à l’Elysée lors de l’échange d’Emmanuel Macron avec 60 intellectuels dans le cadre du grand débat national. Ils n’ont pas manqué de défendre nos jeunes chercheurs quant à leurs conditions délicates (absence de postes et crédits) et de souligner l’importance de l’attractivité des carrières scientifiques. La recherche n’est pas un luxe, et la soutenir serait le meilleur investissement que pourrait faire le pays. Elle doit davantage être au coeur des débats pour mieux les éclairer et non au dessus de la mêlée, que ce soit en faveur de l’environnement ou pour contrer les fake news. Rapprocher davantage et toujours la recherche et les chercheurs de la société est primordial : de nos décideurs en entreprises jusqu’à nos enfants : garçons et filles bien sûr !
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