Christine Bard – Présidente de l’association Archives du Féminisme

©Laurence Prat

Qui ? Christine Bard

Mission ? Présidente de l’association Archives du Féminisme

La Phrase ?  « J’ai toujours pensé que les historien.nes du contemporain avaient aussi le devoir de contribuer à la préservation des archives et à la création d’archives orales, ne serait-ce que pour ne pas être simplement des consommatrices et consommateurs passifs de documentation. »

Pouvez-vous nous présenter Archives du féminisme ?

Archives du féminisme est une association qui collecte des archives appartenant à des personnes et des associations féministes. Elle les reçoit sous la forme de dons, de dépôts ou de legs. Les archives sont alors placées, pour leur immense majorité, au Centre des archives du féminisme créé à la Bibliothèque universitaire d’Angers en 2001. Là, en lien avec la formation en archivistique de l’université, les fonds sont rapidement classés, inventoriés et mis à la disposition du public et bien sûr des chercheuses et chercheurs.

L’association met aussi en réseau les structures conservant des archives dont Angers n’a pas du tout le monopole. Ses liens sont forts avec la bibliothèque Marguerite Durand qui existe depuis 1932 à Paris. Nous avons fait connaître ces fonds en éditant un volumineux Guide des sources aux PUR en 2006, actualisé en ligne.

L’association sensibilise les mouvements féministes à la préservation de ses archives et à la transmission. Elle réalise également avec des féministes des entretiens qui deviennent de précieuses archives orales. Elle organise ou co-organise des colloques : le dernier a eu lieu fin mars, sur Les féministes et leurs archives (1968-2018).

Enfin elle soutient l’existence, depuis 2006, d’une collection spécifique, également appelée Archives du féminisme, aux Presses universitaires de Rennes, avec bientôt une trentaine d’ouvrages parus, dont plusieurs thèses remarquables.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de créer cette association ?

Plusieurs désirs se sont conjugués : j’ai fait ma thèse sur le féminisme de la première vague (Les filles de Marianne, Fayard, 1995) et ce faisant j’ai éprouvé de la gratitude pour les féministes du passé qui avaient pris soin de transmettre des traces de leurs luttes et grâce auxquelles je pouvais découvrir une histoire passionnante. J’ai aussi mesuré certaines pertes documentaires, irrémédiables. Et puis j’ai toujours pensé que les historien.nes du contemporain avaient aussi le devoir de contribuer à la préservation des archives et à la création d’archives orales, ne serait-ce que pour ne pas être simplement des consommatrices et consommateurs passifs de documentation. Il y avait du côté du féminisme fort à faire et une dynamique collective était nécessaire. Je trouvais insupportable que la bibliothèque Marguerite Durand, seule structure dédiée à l’histoire des femmes et du féminisme en France, à l’époque de la création de l’association, ne puisse accepter, faute de place et de moyens, des fonds d’archives fantastiques. Les archives du Conseil international des femmes sont parties à Bruxelles. Il n’était pas envisageable de laisser partir ailleurs que dans une structure dédiée au féminisme le fonds Cécile Brunschvicg, l’une des plus grandes suffragistes françaises, un fonds revenu de Moscou après avoir été pillé par les nazis en 1940. Sa famille a confié les archives à Angers dès que le Centre des archives du féminisme a été créé. Ce fut la première action concrète de l’association. Le Centre des archives du féminisme, qui vient d’obtenir le label Collection d’excellence, accueille aujourd’hui une soixantaine de fonds, des centaines de mètres linéaires. Le dernier en date est celui du Planning familial.

Vous êtes la directrice du Dictionnaire des féministes et d’ouvrages collectifs sur Les féministes de la première vague et Les féministes de la deuxième vague. Quelles sont les différences entre ces vagues ?

Les vagues sont une image pour parler de cycles de mobilisation qui présentent quelques différences entre eux, qu’il s’agisse des revendications dominantes, du type d’actions menées ou du contexte global. Il ne faut pas pour autant gommer les continuités. La troisième vague actuelle prolonge des luttes passées. La première vague se déroule du dernier tiers du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle, la deuxième correspond aux années 1960 à 1990. La première insiste sur l’entrée des femmes dans la sphère publique : éducation, citoyenneté, réforme du code civil, accès au travail. La seconde met en avant le droit à disposer de son corps : contraception, avortement, sexualité, violences. L’évolution du vocabulaire est assez révélatrice : la première vague utilise plutôt la notion d’émancipation et la seconde valorise la libération. Avant que le féminisme ne s’organise sous la forme d’associations, ne publie ses propres journaux, et ne se nomme féministe (1882), la contestation de la domination masculine existait déjà. On peut remonter à Christine de Pizan (1363-1431) si l’on veut, et à l’ébullition de la période révolutionnaire avec Olympe de Gouges (1748-1793). Le féminisme est l’acteur principal d’une mutation fondamentale : la remise en cause de la domination masculine, d’où l’amplitude des thématiques, qui incluent aussi tout le champ de la culture et des savoirs.

A voir : MUSEA : musée virtuel sur l’histoire des femmes et du genre : http://musea.univ-angers.fr/ pour plusieurs expositions sur l’histoire des féminismes

Le site d’Archives du féminisme : http://www.archivesdufeminisme.fr/