Céline Calvez – Députée

Qui ? Céline Calvez

Mission ? Députée – Vice-présidente de la Commission affaires culturelles et éducation – Membre de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes

La phrase :  » Nous préconisons alors de pouvoir imaginer la construction d’une véritable révolution culturelle, en valorisant des parcours de femmes, des rôles modèles, via des campagnes d’information à destination de la société entière, ou encore en utilisant des contenus culturels tels que le documentaire ou bien encore les séries de fiction. Je suis persuadée qu’il existe là un terrain de créativité qui pourra changer notre société. »

 

Céline Calvez vous êtes députée En Marche, vous êtes membre de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, vous avez notamment co-rédigé le Rapport Femmes et Sciences, quelles en étaient les principales recommandations ?  

Avant même d’évoquer ces recommandations, je tiens à souligner l’urgence d’action pour une égalité réelle. La place des femmes dans les STEM (Science, Technology, Engineering, and Mathematics) n’évolue pas forcément dans le sens attendu, ce n’est qu’une trop lente progression. Ainsi, nous déplorons même un recul de la place des femmes dans ces domaines scientifiques (l’informatique notamment) qui sont pourtant plein d’avenir.

Nous avons formulé 23 recommandations dont certaines concernent le domaine de l’éducation, avec la formation des enseignants, l’attention portée sur les manuels scolaires ; d’autres portent sur la gestion des carrières scientifiques, dans la recherche notamment.

  • Lancer un travail de recherche pour disposer d’indicateurs des inégalités dans les organismes publics de l’enseignement supérieur et de la recherche.
  • Sensibiliser les chercheurs et les jeunes femmes chercheures en particulier à la gestion de carrière scientifique.
  • Concernant l’enseignement supérieur et la recherche, prévoir un dispositif correcteur pour éviter la discrimination, dans le cadre de l’évaluation préalable à une promotion ou une demande de prime, envers les femmes ayant eu des enfants au cours des quatre dernières années, en ajoutant la durée du congé maternité intervenu pendant la période.
  • Faire évoluer les critères de promotion dans la gestion des carrières scientifiques en évitant de se focaliser sur les publications scientifiques et prendre en compte également le mentorat et la sensibilisation aux sciences dans la reconnaissance d’une contribution aux sciences.
  • Mettre en place un service de « carrières conjointes » pour accompagner le conjoint d’une personne recrutée par un établissement de recherche.
  • Nombre de nos recommandations revêtent aussi une dimension plus sociétale, car les stéréotypes sont tenaces et diffus dans beaucoup de strates de notre société. C’est un défi culturel… à opérer dès le plus jeune âge. Il n’est jamais trop tôt pour susciter un goût pour les sciences.

A titre d’exemple, notre 11e recommandation est d’inciter à la représentation mixte pour les jouets comportant une forte dimension scientifique et concourant ainsi à susciter des vocations. Cette volonté a attiré l’attention de la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher qui a mobilisé le 24 juin 2019 les acteurs industriels de la filière du jouet ainsi que des acteurs des médias et des associations pour trouver les moyens de lutter ensemble contre les stéréotypes qui peuvent freiner les vocations scientifiques des filles. (Plus d’informations ici )

Vous étiez à Vivatech. On le sait, le numérique attire peu les jeunes filles, quel est pour vous le degré d’urgence et quelles sont les dispositions pour y remédier ?  

Vous avez raison de souligner cette trop faible présence des femmes dans le numérique. Aujourd’hui, il y a seulement un peu moins de 33 % des femmes qui travaillent dans le secteur du numérique contre 53 % dans le reste de l’économie. Et cet écart se creuse lorsqu’on considère les métiers qui sont le coeur d’expertise. Nous ne pouvons que nous préoccuper du très faible nombre d’étudiantes dans les écoles qui forment au développement et à la programmation informatique.

Dans des écoles prestigieuses et/ou innovantes, seulement 5% d’étudiantes ! C’est peu, et ce cadre non-mixte peut rebuter l’intérêt de jeunes femmes pour entamer des études dans cette voie. Or si la moitié de l’humanité est absente de la conception des algorithmes, ces bases de l’intelligence artificielle ont de forts risques d’aboutir à la reproduction – voire amplification – de biais sexistes dans les innovations qui constituent déjà notre futur.

Sans action menée pour augmenter le taux de féminisation du secteur, le nombre de femmes formées aux métiers de la branche sera inférieur aux besoins des entreprises. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’au-delà des enjeux d’égalité, et d’épanouissement professionnel des femmes, cette perte de compétence sera préjudiciable à l’économie française car il s’agit des secteurs de l’économie du futur. Nous parlons bien d’égalité entre les femmes et les hommes, mais nous devons aussi alerter sur le risque que cette situation fait peser sur notre compétitivité.

Nos recommandations s’inscrivent dans un travail sur l’orientation des jeunes – voire très jeunes – filles en leur proposant de connaître et considérer ces métiers comme une possibilité de changer le monde. Cette ambition passe par la formation de ceux qui accompagnent les élèves dans leurs parcours, qu’ils soient enseignants ou conseillers d’orientation. Nous nous attachons également à sortir du cadre scolaire, car de nombreux témoignages font part de l’impact de la perception des familles, et nous préconisons alors de pouvoir imaginer la construction d’une véritable révolution culturelle, en valorisant des parcours de femmes, des rôle modèles, via des campagnes d’information à destination de la société entière, ou encore en utilisant des contenus culturels tels que le documentaire ou bien encore les séries de fiction. Je suis persuadée qu’il existe là un terrain de créativité qui pourra changer notre société.

Vous êtes vice-présidente de la Commission affaires culturelles et éducation. Pouvez-vous nous en dire plus sur le pass culture ?  

Le pass culture, c’est une politique globale d’accès à la culture ! Ce pass a été injustement réduit à un portefeuille de 500 euros mis à la disposition des jeunes ! C’est une vision caricaturale ; ce dispositif a pour objectif de valoriser l’offre culturelle dans notre pays et de promouvoir sa diversité. Il cible prioritairement les jeunes pour permettre de développer leur autonomie dans le champ culturel. Après un parcours d’éducation artistique et culturelle à l’école, que nous soutenons activement, c’est la possibilité de poursuivre son chemin de découverte, parmi des propositions culturelles variées : du concert au théâtre en passant par le livre, la pratique artistique et les jeux vidéos.

Pour mettre en oeuvre concrètement cette véritable politique publique culturelle, le gouvernement a développé une application qui permettra de connaître et d’accéder facilement à l’ensemble de l’offre culturelle de proximité grâce à la géolocalisation.

Pour développer cette politique innovante, nous adoptons une méthodologie innovante : une expérimentation participative pour répondre au mieux aux territoires et leurs parties prenantes. Depuis le 1er février, 12 000 bénéficiaires de 18 ans et près de 1 000 acteurs culturels testent l’application dans cinq départements (14 depuis le 1er juin), soit près de 150 000 jeunes !