Cécile Bourbon – Directrice de la communication et des partenariats de l’EPF et référente égalité Femme/Homme

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Qui ? Cécile Bourbon

Mission ?  Directrice de la communication et des partenariats à l’EPF.

La Phrase : « Nous avons besoin d’ingénieures pour apporter de l’innovation dans nos entreprises, enrichir les points de vues, diversifier les solutions technologiques et modifier les modes de management. »

 

L’histoire de l’EPF est particulière car jusqu’en 1994 l’école était uniquement féminine. Depuis qu’elle est mixte, vous gardez un pourcentage de 36% d’étudiantes quand la moyenne des écoles est de 17%. Avez-vous des politiques de recrutement particulières pour assurer la mixité dans votre école ? 

Créée en 1925 par l’une des premières ingénieures françaises – Marie-Louise PARIS, pour former des femmes ingénieures à une époque où la plupart des grandes écoles étaient réservées aux hommes, l’EPF valorise son histoire de pionnière avec fierté. L’école possède également le plus grand réseau d’ingénieures diplômées, plus de 7 000 et cela joue dans l’attractivité auprès des filles. Au-delà de l’histoire, la formation généraliste de l’EPF, la variété des orientations proposées et l’accent mis sur l’international contribuent à assurer une mixité plus importante que dans les autres écoles à vocation technologique. Cependant le développement de nouvelles formations par l’apprentissage ou dédiées aux bacheliers STI2D – avec un nombre très faible de candidates et un vivier restreint (7% de filles seulement en STI2D !) – nous permet de renforcer la diversité au détriment de la mixité. L’idéal serait d’arriver à combiner les deux ! Nous avons ouvert une formation destinée aux étudiants de PACES souhaitant se réorienter vers des études d’ingénieur-e-s où nous avons là beaucoup plus de candidates.

Comment au sein de l’école arrivez-vous à sensibiliser vos élèves à la cause paritaire ? Les élèves sont-ils eux-mêmes à l’origine d’initiatives pour la parité ?

Nous avons décidé de décliner dans notre logo « EPF Ecole d’Ingénieur-e-s » le titre d’ingénieur-e pour suivre les recommandations du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes et respecter les critères d’une communication dépourvue de stéréotypes de sexe. Cela peut paraître anecdotique de rajouter ce « e » mais c’est une vraie révolution dans le monde de nos grande écoles. Certains élèves s’en sont émus, des garçons mais également des filles parce que « cela n’est pas juste grammaticalement » ou « ce n’est pas beau » – et il a fallu dialoguer et expliquer que, dans le cadre d’une politique d’Egalité Femme / Homme, il est essentiel de veiller à proposer une diversité des représentations, en particulier pour des métiers en manque de talents féminins. L’évolution de la société pousse en effet à la féminisation des noms de métiers, même si l’Académie française continue de les proscrire (avec seulement 15% de femmes parmi les « immortels »). Féminiser le titre d’ingénieur dans notre logo, c’est valoriser notre volonté de diplômer autant d’ingénieures que d’ingénieurs, en dépassant l’autocensure qui a encore la vie dure au niveau de l’orientation, quand on sait qu’un ingénieur sur cinq seulement est une femme en France.

L’école s’engage donc activement en faveur de la promotion du métier d’ingénieurE, à travers des actions spécifiques auprès des lycéennes et étudiantes, ainsi que des partenariats, en particulier avec l’association « Elles Bougent ». Des bourses d’études « Marie-Louise Paris » sont attribuées à des étudiantes intégrant l’école sur des critères sociaux et de mérite, grâce au soutien de donateurs (entreprises et particuliers). A l’international, l’EPF a lancé en 2012 le programme « IngénieurEs en Afrique », en partenariat avec 2iE au Burkina-Faso, pour permettre, chaque année, à une vingtaine de jeunes filles africaines d’accéder à des études d’ingénieur-e-s en Afrique ou en France, à l’issue d’un cycle préparatoire de deux ans. Six  étudiantes issues de cette prépa ont déjà intégré l’EPF avec le soutien d’entreprises partenaires et de la Fondation EPF.

Du côté des élèves, une association va être créée dès la rentrée 2016 sur la thématique de la mixité et de l’égalité Femme-Homme. Les étudiantes de l’EPF sont régulièrement mobilisées pour aller témoigner dans les lycées lors de la « journée des Sciences de l’Ingénieur au féminin » organisée chaque année en novembre et contribuer ainsi à lutter contre les stéréotypes de genre et susciter de nouvelles vocations. Elles sont également nombreuses à partager leurs expériences sur les salons, forums lycées ou lors des rencontres organisées avec « Elles Bougent ».

Pourquoi a-t-on besoin d’ingénieurEs ?

Au-delà de l’enjeu de justice sociale et d’égalité, pour respecter l’équilibre de la société française qui compte 51,5% de femmes en 2016. Nous avons besoin d’ingénieures pour apporter de l’innovation dans nos entreprises, enrichir les points de vues, diversifier les solutions technologiques et modifier les modes de management. Face aux évolutions de plus en plus rapides des industries à fort contenu technologique, les femmes apportent une vision d’ensemble, l’écoute, la curiosité et la recherche de sens nécessaires pour aller vers des propositions hors des sentiers battus. Il s’agit donc d’un enjeu essentiel d’efficience économique comme le montrent de nombreuses études réalisées au sein d’entreprises où le développement de la mixité, voire la parité dans les équipes techniques et dirigeantes, a permis de faire progresser significativement les résultats.

Le nombre d’ingénieures en activité a certes augmenté depuis ces dix dernières années, mais pas assez vite par rapport à un monde en pleine évolution. Il est indispensable de continuer à agir pour développer la mixité des métiers d’ingénieur-e-s qui sont passionnants aussi bien pour les hommes que pour les femmes dès qu’on aime les sciences, les technologies, les responsabilités et le travail en équipe ! Mais il est aussi essentiel de faire respecter l’égalité salariale entre hommes et femmes dès la sortie d’école : là aussi l’écart persiste, 20% en moyenne encore aujourd’hui. Il faut apprendre à nos diplômées à mieux négocier leur salaire d’embauche, en particulier la partie variable, pour éviter que cet écart ne se creuse encore plus ensuite. Elles ne doivent pas se contenter de ce qu’on leur octroie mais demander plus « même si ça ne se fait pas ». Les hommes, eux, n’hésitent pas et le font « naturellement ». Elles doivent apprendre à oser !