Brooke Tata – Chercheuse & Lauréate de la bourse L’Oréal Unesco pour les Femmes et la Science

Qui ? Brooke Tata

Mission ? Post-doctorante au sein du Laboratoire du Développement et Plasticité du Cerveau Neuroendocrine, du Centre de Recherche Jean-Pierre Aubert de l’Université de Lille et Lauréate d’une bourse L’Oréal Unesco pour les Femmes et la Science.

La phrase : « A travers mon parcours je souhaiterais être une source d’inspiration, encourager d’autres personnes à se détacher du passé et vivre leurs rêves. Il faut savoir prendre des risques, être reconnaissant, mais aussi savoir tirer profit des situations inattendues car cela peut devenir un cadeau extraordinaire. »

 

Pouvez-vous nous présenter vos recherches ?  

Je travaille sur des syndromes se caractérisant par un dysfonctionnement des neurones à GnRH situés dans notre cerveau et qui représentent le chef d’orchestre qui contrôle la fonction de reproduction. En fait, la fonction de reproduction est régulée par la sécrétion de la gonadolibérine hypothalamique (GnRH). La GnRH est sécrétée par un petit nombre de neurones situés dans une région de notre cerveau appelée l’hypothalamus. La GnRH contrôle la fertilité en stimulant les sécrétions des gonadotrophines hypophysaires : l’hormone lutéinisante (LH) et l’hormone folliculo-stimulante (FSH). Ces hormones régulent le développement et la fonction gonadique chez tous les vertébrés et la synthèse des stéroïdes sexuels vont à leur tour agir et réguler l’activité neuronale de la GnRH.

Dans l’espèce humaine, de nombreuses pathologies sont liées à une sécrétion anormale ou à un déficit en GnRH. Ainsi, il est important de noter que si la reproduction est régulée par les neurones à GnRH dans notre cerveau, lorsqu’il existe un développement anormal ou de sécrétion de GnRH, cela peut conduire à une multitude de troubles de la fertilité.

Une des pathologies associées à un déficit de la GnRH est le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) est une des causes les plus fréquentes d’infertilité féminine, touchant plus de 10% des femmes dans le monde— dont je fais également partie, donc ce projet me touche vraiment.

 

Donc qu’est-ce que le SOPK ?

Le SOPK est caractérisé par une augmentation des androgènes et de la testostérone (la principale hormone masculine). Il se caractérise par des troubles de fertilité et des cycles menstruels perturbés. De plus, il n’existe aucune thérapie permettant de traiter les personnes souffrant de SOPK.

A ce jour, le SOPK est principalement considéré comme une pathologie gonadique. Mais, il existe une communication entre les ovaires et le cerveau. La nouvelle hypothèse que nous souhaitons démontrer, à travers nos recherches, est que la survenue du SOPK pourrait être liée à l’existence d’un dysfonctionnement de l’activité des neurones à GnRH et/ou de leur sécrétion ; ce dysfonctionnement étant à l’origine des anomalies neuroendocrines qui accompagnent les troubles gonadiques observés dans ce syndrome.

Par ailleurs, il a été montré que les patientes atteintes de SOPK présentaient des taux d’hormone antimullerienne (AMH) (qui est produite par les ovaires) 2 à 3 fois plus élevés que la normale, ce qui indique la pertinence potentielle du dosage de l’AMH pour diagnostiquer le SOPK mais aussi dans le cadre du suivi des patientes atteintes. Il s’agit également d’un argument laissant penser qu’un taux normal d’AMH pourrait rétablir la fertilité chez les femmes atteintes de SOPK.

Le but de ce projet est donc de montrer comment l’AMH pourrait contribuer de manière significative aux dérèglements hormonaux et altérations gonadiques observés dans le SOPK et avoir un impact sur la fertilité en affectant l’excitabilité des neurones GnRH, et ceci même pendant la vie prénatale, afin de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Néanmoins, la pathogenèse du SOPK reste pour l’instant insaisissable et les thérapies existantes à l’heure actuelle n’ont qu’un effet limité. Ainsi grâce aux résultats de nos recherches nous pourrions envisager de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Devenir chercheuse a-t-il été une décision simple pour vous ? 

Comme toutes les autres femmes scientifiques avant moi, je ne suis pas née scientifique mais je le suis devenue. Cela n’a pas été simple, mais mon chemin et les difficultés j’ai rencontré prouve que la science est ma passion. Ce n’était pas vraiment une décision car je me suis rendue compte que j’aime réellement la science et dans la vie on doit faire ce que l’on aime!

Mon parcours a été assez dur, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Puis j’ai eu l’opportunité de me découvrir une passion pour la recherche ; après ça tout est devenu simple, j’ai la chance d’être chercheuse et de faire ma passion !

Que représente pour vous l’intervention dans les collèges ? 

A travers mon parcours je souhaiterais être une source d’inspiration, encourager d’autres personnes à se détacher du passé et vivre leurs rêves. Il faut savoir prendre des risques, être reconnaissant, mais aussi savoir tirer profit des situations inattendues car cela peut devenir un cadeau extraordinaire.

J’espère vous avoir convaincue du besoin d’être prêt au moment où votre vie peut changer, afin de pouvoir saisir sa chance. Les épreuves que j’ai traversées ont changé ma façon de penser et ma vie mais de façon bénéfique.

Aujourd’hui, je suis heureuse de me réveiller chaque jour pour accomplir ce que je fais au laboratoire : me questionner, trouver des solutions qui amènent toujours à un autre questionnement et ainsi de suite. Mener des recherches scientifiques m’a ouvert l’esprit et m’a montré une meilleure image du monde, car il y a toujours quelque chose à découvrir, à explorer. Certes il y a beaucoup d’échecs en science, comme dans la vie, mais c’est grâce à ces échecs que nous avançons tous les jours et que nous progressons.

C’est tellement important de donner confiance aux jeunes filles et garçons. J’ai constaté que l’école n’était pas le meilleur environnement  pour  prendre confiance et donc penser à réaliser ses rêves.

Rappel : Il ne vous reste plus que quelques jours avant la clôture des candidatures pour la Bourses FRANCE L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2017. Toutes les informations et conditions sont disponibles sur la plateforme de candidature .