Audrey Bourolleau – Déléguée Générale Vins et Société

AudreyBourolleau

Qui ? Audrey Bourolleau

Mission ? Déléguée Générale Vins et Société

La Phrase : « Si j’ai un message à passer aujourd’hui c’est « s’autoriser à » et se faire davantage confiance. »

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Depuis 2013, je suis Déléguée Générale de Vin & Société, association qui représente les 500 000 acteurs de la vigne et du vin en France.  Ma mission ? Transmettre les valeurs du vin, défendre ses atouts socio-économiques (7,4 milliards d’euros à l’export, 558 000 emplois), et à promouvoir une consommation responsable en entretenant un dialogue permanent avec les pouvoirs publics et les représentants de la société civile. La feuille de route est ambitieuse.

Auparavant, j’ai travaillé 10 ans dans le secteur des vins et boissons en France et à l’international aux directions marketing et commerciales de plusieurs groupes (Baron Philippe de Rothschild, Heineken) et en tant que Directrice Générale du syndicat de l’Union des Côtes de Bordeaux (1500 vignerons). J’ai donc un parcours assez centré sur le secteur des vins et boissons avec une bonne connaissance de la distribution.

J’ai également eu une expérience très enrichissante hors de ce secteur au sein du groupe BIC. Au début de ma carrière, j’ai eu l’opportunité de travailler sur une zone très riche culturellement, celle de l’Afrique et du Moyen-Orient. J’ai fait un cursus assez classique Prépa HEC, Sup de Co avec des méthodes de formation assez généralistes notamment sur la partie commerciale. Se retrouver à négocier avec des pays très différents culturellement était aussi passionnant que déroutant. Il faut passer d’une approche multiculturelle où cohabitent des groupes de cultures différentes à une approche interculturelle en vue d’une cause commune. C’est aussi au cours de cette expérience que j’ai commencé à m’intéresser à la place des femmes dans l’entreprise et que j’ai pleinement intégré la nécessité de cultiver son réseau.

A côté de mon activité professionnelle, je suis engagée dans plusieurs associations en faveur de la mixité et de la diversité ainsi que dans des projets caritatifs. C’est essentiel, pour mon équilibre, de m’enrichir en permanence.  Toutes ces activités donnent du sens et sont sources de belles rencontres.

Vous êtes entrepreneure et, dans le milieu du vin qui est un milieu réputé fermé et difficile, être une femme vous a-t-il semblé rendre les choses plus compliquées ? 

Selon moi, être une femme dans ce secteur d’activité, n’est ni un avantage ni un inconvénient. C’est neutre. Les enjeux sont ailleurs. Ils ne se posent pas en termes de genre mais plutôt en termes de valeurs. En tant que femme, je dirais plutôt qu’il y a un côté bienveillant et assez « paternaliste » dans ce milieu ; ça pourrait agacer, mais moi je m’y suis très bien adaptée. Le secteur du vin est plus difficile d’accès a priori mais une fois que vous avez fait vos preuves et que la relation de confiance est instaurée, elle est plus durable que dans d’autres secteurs dans lesquels j’ai pu travailler. Je suis guidée par une devise « on est ce qu’on fait ».  J’ai toujours fait preuve d’audace, en osant postuler à des fonctions où je n’avais pas forcément les compétences « sur le papier », et de sincérité lors des entretiens. C’est un secteur où l’on m’a fait confiance.

Vous êtes engagée auprès de JamaisSansElles , pourquoi ce choix ? Vous considérez-vous comme féministe ? 

Le mot féministe est souvent connoté négativement alors qu’il est un bel hommage à un combat, toujours d’actualité, dont nous sommes toutes les héritières. Comme le démontre le dernier guide de la Parité 2016 du Haut Commissariat à l’Egalité présenté la semaine dernière, il y a encore du chemin à faire en termes d’égalités hommes/femmes.

J’ai eu la chance au cours de mon expérience chez BIC de travailler sur la question du plafond de verre (pourquoi les femmes à potentiel n’accèdent-elles pas ou peu aux postes de management ?). J’ai pris alors conscience que ce n’était pas seulement le travail et les résultats qui me permettraient d’accéder à des fonctions de haut niveau mais aussi mon réseau et ma « visibilité » en interne. En tant que femmes, nous ne nous autorisons pas assez à prendre ce temps nécessaire à cultiver nos réseaux. C’est ce qui fait vraiment la différence avec les hommes qui sont ainsi au courant des opportunités aussi bien internes qu’externes. A la suite de ce travail interne chez Bic, je me suis engagée au sein du ClubXXIème siècle qui traite des sujets de la mixité et de la diversité. Plus récemment, il y a quelques mois, je me suis investie dans l’aventure de #JamaisSansElles, une initiative portée avant tout par des hommes ce qui la rend inédite. #JamaisSansElles est un mouvement en faveur de la mixité, promu par une centaine d’entrepreneurs humanistes, d’acteurs du numérique, des médias, de l’éducation, de la politique, habitués des débats et des manifestations publiques, mais refusant désormais d’y participer si des femmes n’y sont pas également associées ! C’est un « gentlemen agreement » que je trouve formidable car spontané et volontaire. Il montre que tout n’a pas besoin d’être réglementé pour faire bouger les lignes.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles qui hésiteraient à suivre votre exemple ?

Sortir de l’opérationnel pour être davantage dans la tactique et la stratégie.  En tant que manager, j’ai pu remarquer que les jeunes femmes ont tendance à être plus le « nez dans le guidon » alors que les jeunes hommes, eux, investissent déjà la dimension politique et intègre plus vite l’intérêt et la force du réseautage.

J’insiste encore et toujours mais travailler son réseau, l’entretenir… Cela demande du temps et de la rigueur mais c’est essentiel parce que c’est ce qui fera la différence à un moment donné.

Si j’ai un message à passer aujourd’hui c’est de « s’autoriser à » et de nous faire davantage confiance. C’est notre principale faiblesse en tant que femme. Et aussi rester soi-même, assumer sa personnalité et son style. Les femmes manageuses sont des leaders comme les autres.

Je suis très confiante dans la nouvelle génération de femmes qui a intégré ses codes. Je suis certaine que les jeunes femmes vont porter le flambeau de ma génération, pionnière dans le leadership féminin, et qu’elles vont le porter très haut. L’évolution accélérée des mentalités montre que la société y est prête. Plus que jamais, les opportunités économiques, sociales et politiques pour les femmes françaises sont immenses.