Anne Michelin – Maître de conférences – Muséum national d’histoire naturelle

Qui ? Anne Michelin

Mission ? Maître de conférences – Muséum national d’histoire naturelle

La Phrase : « Si cette voie vous tente, mon conseil n’est pas original et peut s’appliquer aussi bien aux filles qu’aux garçons: accrochez-vous ! »

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai toujours beaucoup aimé à la fois les sciences et la culture. En terminale, j’avais opté pour une filière scientifique avec des options facultatives comme le latin et les arts plastiques. Arrivée au Bac, il m’a fallu choisir entre ces deux orientations et comme j’avais des facilités en sciences, j’ai intégré une classe préparatoire aux grandes écoles. A la suite des concours, j’ai choisi une école d’ingénieur en physique et chimie et je me suis spécialisée dans l’étude des matériaux. Comprendre la matière, ses propriétés en utilisant tout le savoir théorique appris jusque-là m’a beaucoup plu. En dernière année, en parallèle de ce cursus, j’ai suivi un master consacré à l’étude des matériaux du patrimoine qui me permettait enfin d’allier mon goût pour la culture et mes connaissances en physico-chimie. Cette formation m’a aussi fait découvrir la recherche : curieuse de nature, la démarche adoptée m’a tout de suite convenue. Pour moi, c’est comme un jeu, un casse-tête où, pour trouver la solution, il faut faire des hypothèses, mettre en place des expériences pour les vérifier, analyser les résultats et toujours être prêt à remettre en cause ses conclusions… Et finalement, parfois on arrive à répondre à la problématique de départ !!!

Mon goût pour la recherche m’a naturellement amenée à poursuivre en thèse (suivie par deux contrats postdoctoraux) sur l’étude des mécanismes d’altération des matériaux anciens, avant de passer un concours pour devenir maître de conférences du Muséum national d’histoire naturelle, rattachée à un laboratoire, le centre de recherche sur la conservation.

Quelles sont vos missions au quotidien ?

Aujourd’hui, j’ai à la fois des missions d’enseignement et de recherche. Côté recherche, dans mon laboratoire, nous travaillons sur différentes problématiques liées à l’étude des biens culturels. La première concerne la caractérisation de ces biens culturels et vise à mieux les connaître : de quoi ils sont constitués, comment ils ont été fabriqués, à quoi ils servaient… J’aime beaucoup cet axe de recherche car il nous amène à dialoguer avec des historiens et des archéologues, à comprendre leurs questions et à voir si l’étude de la matérialité peut leur permettre d’avoir une vision nouvelle sur leurs problématiques. La deuxième thématique s’intéresse aux mécanismes de dégradations de ces matériaux afin de mieux comprendre leur comportement dans le temps en fonction de leur environnement. Ces études sont menées afin d’expliquer les phénomènes d’altération qui sont observés et de savoir comment conserver au mieux les objets de collection. Si l’objet est déjà en danger, on peut aussi être amené à développer des méthodes de restauration. C’est une recherche très appliquée : la plupart du temps, on travaille sur une question précise qui mobilise toutes nos connaissances en physique et chimie pour y répondre. Exactement comme dans l’industrie, à la différence que nos objets d’étude sont des objets du passé, porteurs d’histoire qui me fascinent et qui nous en apprennent plus sur les sociétés passées.

J’ai aussi une mission d’enseignement qui est vraiment importante pour moi. Je trouve essentiel de transmettre mon savoir mais aussi ma passion aux nouvelles générations. J’espère pouvoir sensibiliser les jeunes pour qu’ils aient aussi conscience et envie de conserver leur passé. Enseigner est aussi un exercice qui nous force à faire des efforts de vulgarisation et à se tenir au courant des avancées techniques et des nouvelles études dans nos domaines.

Sur quels projets travaillez-vous ?

Je fais partie d’une équipe qui s’intéresse à la couleur et aux autres attributs de l’apparence (comme la brillance et la transparence). Petit à petit, je me spécialise dans l’étude des documents graphiques. Je travaille actuellement sur différents projets dans le but soit de caractériser les matériaux constitutifs des manuscrits, soit d’améliorer la lisibilité de textes endommagés. De manière générale, je privilégie les techniques d’analyse non-destructive et sans contact utilisant les interactions lumière-matière en particulier les spectroscopies de réflectance. Sur les problèmes de lisibilité, le projet le plus médiatique est certainement l’étude des passages caviardés de la correspondance de Marie-Antoinette et du Comte de Fersen. L’idée était ici de tester différentes techniques d’imagerie pour voir s’il était possible de révéler le texte original rendu illisible par des ratures volontaires. J’aime beaucoup le côté challenge de ce type de projet. Mais je mène aussi des études plus fondamentales sur le traitement des données issues de l’imagerie hyperspectrale (une des techniques non-destructives que j’utilise) pour l’étude des couches picturales. Je travaille aussi sur un projet visant à comprendre l’origine du blanchiment des peintures utilisant un pigment appelé le bleu outremer.

Un conseil pour les jeunes qui auraient envie de suivre votre voie ?

Si cette voie vous tente, mon conseil n’est pas original et peut s’appliquer aussi bien aux filles qu’aux garçons : accrochez-vous !!!

Avoir une bonne formation scientifique est un véritable atout. Une école d’ingénieur est loin d’être obligatoire (mais c’est facilement valorisable si vous changez de voie). Après ce qui fait la différence, à mon avis, c’est la motivation et l’enthousiasme. Je vous conseille de multiplier les expériences en lien avec la culture (chantiers de fouille, bénévolat dans des musées, …) mais surtout de rencontrer des chercheurs du domaine. On est toujours ravi de partager nos passions et se faire connaître tôt dans ce petit milieu est important. En gros, cultivez votre réseau…

Il faut être réaliste, c’est un domaine de niche et il n’y a pas de places pour tout le monde mais il ne faut pas non plus s‘interdire d’essayer. Si comme moi, vous pensez qu’il s’agit du travail qui vous correspond le mieux, alors tentez votre chance ! Si j’avais écouté la direction de mon école d’ingénieur, persuadée que j’allais dans une voie de garage, je n’aurais sûrement pas ce poste aujourd’hui…

Au pire, si ça ne débouche pas sur une embauche ou si finalement ça ne vous convient pas, il sera toujours possible de se rediriger. On a aussi le droit à l’erreur…