Aline Aubertin – Fondatrice de Femmes Ingénieures

Qui ? Aline Aubertin

Mission ? Fondatrice de l’association Femmes Ingénieurs

La Phrase ? « Il est urgent de déconstruire ces stéréotypes et de montrer qu’il y a également de très nombreuses ingénieures et techniciennes, en informatique épanouies et qui contribuent à changer le mode de demain »

 

 

Quelles étaient les motivations lors de la création de l’association ? Ont-elles évolué depuis ?

Quasiment dès l’ouverture des écoles d’ingénieurs aux femmes minoritaires dans leur propre école, celles-ci ont ressenti le besoin de se regrouper entre elles. Ce groupement constitué de pionnières réunies en amicale depuis 1929 au sein de l’AFDU a évolué au fil du temps. L’association a été créée sous sa forme actuelle en 1982. Depuis cette date, elle s’est également ouverte aux hommes et aux personnes morales, tout en restant centrée sur la représentation des 200 000 ingénieures françaises.

Les objectifs de l’association sont :

  • La promotion du métier d’ingénieur auprès des jeunes filles dans le monde de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, et

La promotion des femmes ingénieurs et scientifiques dans le monde du travail et dans les conseils d’administration, par des actions auprès de politiques, des institutions nationales et internationales et en lien avec les entreprises.

Quelles sont les actions concrètes menées par l’association ?

  1. L’Association Femmes Ingénieurs, s’est donné pour mission de faire connaître le métier d’ingénieur aux jeunes filles, afin de les attirer vers ces métiers réputés masculin. FI est agréée depuis 2006 en tant qu’association éducative complémentaire de l’enseignement public, par le Ministère de l’Education Nationale pour intervenir dans les établissements scolaires (collèges et lycées, publics et privés) et d’enseignements supérieurs, les forums des métiers, dans les salons professionnels, L’association réalise environ une intervention par jour scolaire, grâce à ses intervenantes bénévoles, ainsi que des rencontres avec des étudiantes de l’université et des classes préparatoires CPGE.  FI a également développé en partenariat avec Orange, l’une de ses entreprises partenaires un programme dit de shadowing qui permet à des lycéennes de découvrir le métier d’ingénieur à « l’ombre » d’une ingénieure en activité. Cette action vise sous une autre forme à concrétiser d’avantage le métier d’ingénieur et à démontrer qu’il est accessible aux jeunes femmes.
  2. Dans sa mission de promotion des femmes ingénieures, FI organise des rencontres thématiques qui permettent aux femmes d’échanger et ainsi d’élargir leur connaissance du métier et du monde de l’entreprise. L’association offre également conseil et soutien aux étudiantes ou jeunes professionnelles qui la sollicitent en matière d’orientation professionnelle et elle encourage les femmes ingénieures à se rendre plus visibles. Par exemple, FI soutient de nombreux prix destinés à mettre en valeur les femmes ingénieures ( prix Iréne Joliot Curie, Trophée des femmes de l’industrie, prix Ingénieuse de la CDEFI., etc…) et participe à de nombreux colloques et réseaux interprofessionnels. Ainsi, FI est membre de la délégation officielle du Women Global Summit et était Membre du Host Committee du GSW 2014 à Paris, sommet dont l’objectif est de rassembler les professionnelles et les leaders gouvernementaux du monde entier pour explorer les meilleurs stratégies et pratiques afin d’améliorer l’égalité femmes-hommes et la place des femmes dans le monde économique.
  3. L’Association FI est membre de IESF, association de personnes morales, regroupant les associations d’ingénieur.e.s . Elle y représente les 200 000 ingénieures et participe à l’Observatoire des Ingénieurs en publiant une analyse spécifique de la situation des femmes ingénieures françaises, à partir des données brutes de l’enquête annuelle d’IESF.
  4. Enfin, FI mène des actions pour favoriser l’accès des femmes ingénieurs aux fonctions d’administrateur-rice en partenariat avec la FFA (Fédération Femmes Administrateurs), l‘IFA, (Institut Français des Administrateurs) et l’ESSEC pour les programmes Women-ESSEC. Femmes Ingénieurs  a développé  sa propre grille d’évaluation afin de mettre en avant les compétences des ingénieures  au service de la gouvernance des entreprises  selon leurs tailles et  leurs complexités.

Le numérique semble creuser les inégalités femmes-hommes, comment faire pour convaincre les jeunes filles de se tourner vers ce secteur d’avenir ?

On le sait peu : le secteur de l’informatique était très féminisé au démarrage de l’informatique. Ada Lovelace a réalisé le premier programme informatique, lors de son travail sur un ancêtre de l’ordinateur au XIXème siècle. Alice Recoque, ingénieure informaticienne, spécialiste de l’architecture des ordinateurs, conçoit dans les années 70 le mini-ordinateur Mitra 15, puis gère son industrialisation, un succès de l’informatique française. On pourrait citer d’autres exemples, qui montrent que les débuts de l’informatique se font avec les femmes (voir aussi l’excellent film Les figures de l’ombre). Ce n’est que plus récemment que les filles ont déserté ce secteur au point que la proportion des femmes diminue encore pour être inférieur à 10%, parceque l’informatique est associée à l’image du hacker et de l’informaticien geek et solitaire. L’accueil qui est fait aux femmes n’est toujours de meilleurs : voir par exemple le scandale récent chez Google, où un employé a expliqué dans une note interne que les femmes n’étaient pas faites pour travailler dans l’informatique, expliquant leur faible présence dans la «tech» par des différences biologiques.

Dans ce contexte, et alors que le monde est de plus en plus numérique, et l’intelligence artificielle appelée à se développer partout, la féminisation devient en enjeu de société, afin d’éviter un monde numérique, qui serait conçu par des hommes, pour les hommes. Il est urgent de déconstruire ces stéréotypes et de montrer qu’il y a également de très nombreuses ingénieures et techniciennes, en informatique épanouies et qui contribuent à changer le mode de demain. Ce sont celles-là qu’il faut montrer, dans des spots télévisés, des films, sur les réseaux sociaux, en position d’expertes dans les journaux télévisés et dans les manuels scolaires, car elles existent !

Cette mise en visibilité passe également par la féminisation des noms de métiers pour que les ingénieures, informaticiennes, directrices informatique … deviennent visibles dans toute leur féminité.