Alice Guilhon – Directrice de Skema Business School

AliceGuilhon-Skema_1

Qui : Alice Guilhon

Mission : Directrice de Skema Business School

La phrase : « Je crois au talent, au travail, à la compétence et à l’intelligence. »

Comment expliquez-vous qu’en 2015, être une femme à la tête d’une Grande Ecole est encore une exception ? 
Ceci s’explique par plusieurs éléments objectifs et subjectifs :

– Objectifs : une femme dans l’enseignement supérieur, comme les hommes, doit avoir la « légitimité académique » et managériale qui lui permet d’être suivie par le milieu académique. Or, on s’aperçoit que de mener de front une carrière académique, une carrière de gestion d’entreprise et la gestion familiale est encore une équation compliquée pour la majorité. Maintenant, des exemples montrent que cela peut se faire : je vous renvoie aux femmes directrices de l’INSEEC, de Strasbourg, de Novancia… Elles ont toutes géré de façon très efficace cette fameuse équation compliquée. Mais nous ne sommes pas la majorité. La légitimité académique est acquise avec un doctorat, une HDR voire une agrégation, ces épreuves arrivent dans la vie des femmes et des hommes à l’époque de l’enfantement, donc souvent, cette étape est laissée comme priorité aux hommes et peu de femmes, encore, arrivent à conjuguer ces situations.

– Subjectifs : le plafond de verre existe dans notre milieu très masculinisé. Les femmes doivent encore et toujours faire leurs preuves là où les hommes peuvent se satisfaire d’un diplôme ou d’une expérience pour lesquels ils ne sont pas toujours compétents d’ailleurs.  Lorsque les femmes arrivent à ce niveau de responsabilité, Dean, Directrices d’institution, leurs qualités sont immédiatement comparées avec des stéréotypes masculins : ferme, rationnel, sans émotion, bulldozer… comme si nous ne pouvions garder notre féminité tout en dirigeant.

Le Monde de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche est un monde d’hommes ? Avez-vous ressenti que votre carrière était plus difficile parce que vous étiez une femme ? 

Non, pas vraiment. Les Gouvernants qui m’ont nommée m’ont beaucoup plus challengée et scrutée comme si le fait d’être une femme entraînait un risque pour l’institution. Ensuite, cette qualité « féminine » a été avancée par beaucoup pour expliquer que j’avais réussi la fusion de deux écoles là où des hommes, dans la même situation, ont rencontré des difficultés qu’ils n’ont pu gérer facilement. Dans un cas positif ou dans un cas négatif, le fait d’être une femme explique l’échec ou la réussite semble-t-il !

Vous revendiquez vous féministe ? 

Non, absolument pas. Je crois au talent, au travail , à la compétence et à l’intelligence. Rien de pire qu’un imbécile et malheureusement il y en a également chez les hommes et les femmes.

Vos étudiant(e)s seront les managers de demain, les enjeux de la parité sont-ils enseignés ? 

Pas besoin désormais, c’est tout à fait ancré dans les générations récentes, ce qui n’était pas notre cas. Les quotas ont du bon mais je pense que cette approche est désuète, les « jeunes étudiants » ne se posent pas la question. De facto, les mentalités, grâce à eux, vont évoluer dans les entreprises.
Notre position est de contribuer à ce débat à un autre niveau : depuis 2008, nous avons créé un observatoire de la féminisation des entreprises qui livre à la fois un état des lieux de la féminisation des effectifs et de l’encadrement des grandes entreprises et démontre année après année la relation entre féminisation et performance des entreprises.