Agathe Baptiste – Etudiante en Droit et juriste stagiaire chez Cabinet d’avocats Gontard & Associés

 

Qui ? Agathe Baptiste

Mission ? Etudiante en Droit, anciennement chargée de mission droit à ARES​ et Vice-presidente Étudiante à l’Université d’Avignon ; juriste stagiaire chez Cabinet d’avocats Gontard & Associés  

La Phrase ? « L’autocensure est un phénomène qui est extrêmement présent chez les jeunes femmes. J’ai réussi à le surmonter grâce à ma motivation. »

 

Vous avez été vice-présidente étudiante de l’université d’Avignon et chargée de mission Droit à ARES ? Pouvez-vous nous parler de votre engagement ?

La fibre de l’engagement et du féminisme a depuis toujours fait partie de mon caractère. Rapidement après mon entrée à l’Université, je me suis investie dans des mandats extrêmement différents mais néanmoins complémentaires. Cet engagement m’a conféré une responsabilité importante envers l’administration, les associations ainsi qu’auprès des étudiants. Au début, je me pose toujours la question de savoir si je suis en capacité d’assumer cette responsabilité, exercer ces fonctions et si j’en ai les compétences. Notre pire ennemi est en réalité nous-mêmes, il faut s’autoriser à se faire confiance et à croire en soi. L’autocensure est un phénomène qui est extrêmement présent chez les jeunes femmes. J’ai réussi à le surmonter grâce à ma motivation. Ma motivation au quotidien qui était d’améliorer tous les jours un peu plus les conditions de vie et de formation des étudiants.

La fonction de Vice-présidente Étudiante est un engagement électif dans lequel je me suis engagée aux côtés de la présidence de l’Université d’Avignon. Contribuer aux projets élaborés dans l’intérêt de l’établissement était mon objectif. À cet effet et durant deux années, j’ai fait l’expérience d’une multitude de missions. L’impulsion et le suivi de politiques et projets universitaires ont permis de faire avancer de nombreux domaines. Cette mission doit être mise en corrélation avec celle de représentation de l’établissement, auprès d’acteurs locaux comme nationaux. L’appui aux associations ainsi que l’aide et le conseil à l’étudiant étaient l’une de mes priorités. C’est un engagement politique et transversal qui occupe une place importante puisqu’il a un rôle de relais et de porte-parole des étudiants.

Le poste de Chargée de mission représentant les filières juridiques est un engagement associatif que j’ai exercé durant une année dans une Fédération nationale, l’ARES (Associations Représentatives des Étudiants en Sciences sociales). Un pôle complet est spécialisé dans l’enseignement supérieur et la recherche avec un vice-président général puis une personne qui est chargée d’œuvrer pour chaque filière, soit Droit-Science politique, Economie-Gestion, AES, et IAE. La réactualisation et la vulgarisation des politiques de la Fédération étaient primordiales afin d’être en phase avec les attentes des étudiants. Un travail important a été mené en collaboration avec des administrations et organisations, permettant ainsi le portage d’idées. L’analyse juridique de situations et les conseils aux associations permettaient de développer de nombreux outils et projets à destination des étudiants. La notion d’éducation populaire était omniprésente dans les démarches qui étaient engagées.

Quel regard avez-vous sur l’université ? Est-elle pour vous égalitaire en termes Femmes-Hommes ?

Exercer ces engagements a fait évoluer ma vision de l’Université et particulièrement en termes d’égalité Femmes-Hommes. J’ai toujours eu conscience que notre société avait des efforts à fournir dans ce domaine, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il restait tant à faire. L’Université, lieu d’émancipation par l’ouverture et la construction intellectuelle, peut aussi être un foyer de discriminations. Tous les critères de discriminations sont concernés et sont susceptibles de toucher la communauté universitaire dans son ensemble. Particulièrement en ce qui concerne l’égalité, il existe d’importantes disparités selon les filières et il en va de même en ce qui concerne le plafond de verre.

J’ai été confrontée au sexisme à plusieurs reprises, dans le cadre de mon engagement comme dans mes études. À partir de ce moment-là je me suis aperçue que l’Université, que je considérais comme un lieu de tolérance et d’inclusion, n’était finalement que le reflet de la société. La culture et le législatif doivent évoluer et se construire conjointement pour que le changement se réalise en faveur de l’égalité. Si l’un avance dans un rythme différent de l’autre, le changement ne pourra se faire en profondeur.

De par les différentes personnes qui sont engagées au quotidien dans l’Université, celle-ci est un véritable moteur de transformation ! De nombreux projets y sont réalisés au quotidien, mais si je ne devais en retenir que deux, ce seraient les suivants :

  • Paye Ta Fac est un projet féministe porté par les étudiants du Master Stratégie du développement culturel, mention Public de la culture et communication de l’Université d’Avignon. Il a été initié par la promotion sous l’œil bienveillant de Marianne Alex, Docteure en Communication qui était alors Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche. Ce projet a pour objectif de mettre en lumière les témoignages de sexisme ordinaire et de harcèlement sexiste au sein des Universités et Écoles.
  • La Semaine de l’Égalité et de la Tolérance est un projet engagé d’Inter’asso Avignon, à l’initiative de Mathilde Truong, tout juste diplômée d’une Licence LLCER Espagnol et travaillant actuellement chez madmoiZelle.com. Il a été labellisé « Sexisme par notre genre ! » par le Ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes. Ce projet a pour but de sensibiliser au thème de la différence, en appelant à l’égalité et à la tolérance. C’est donc une manière de prôner le vivre-ensemble alors que la tendance est au repli sur soi-même. Afin d’agir efficacement contre les inégalités et être force de proposition, des assises étudiantes sont organisées pour faire un constat des problématiques rencontrées au quotidien.

Vous entrez dans la vie active, quel regard portez-vous sur le monde du travail ? 

Étudiante en Licence de Droit ayant pour projet professionnel la profession d’avocat, le chemin est encore long avant d’entrer dans la vie active. Pour autant, les actualités de ce secteur d’activité ainsi les stages permettent de commencer à se forger une vision de terrain. Je possède un avis très partagé sur ce qu’il peut se produire dans le monde du travail : un côté bienveillant, l’autre hostile. L’égalité, si seulement elle était présente, peut facilement se rompre et se transformer en sexisme notamment.

Les milieux juridiques peuvent facilement révéler un côté très conservateur, parfois arriéré, et même discriminatoire. D’ailleurs, j’ai toujours trouvé cela extrêmement paradoxal par rapport à la tâche qui leur est confiée. Les actuels étudiants sont formés par des enseignants-chercheurs qui ont évolué dans une société qui était encore différente, et parfois les générations ne se comprennent pas. Comment ces étudiants construiront-ils la société de demain ? Prendront-ils leurs aînés comme exemple ou arriveront-ils à s’émanciper et construire une société meilleure ? En réponse à ces interrogations, je répliquerai par cette intervention que j’apprécie beaucoup car profondément porteuse d’espoir et d’optimisme. « Agissez. Agissez ! Et votre exemple rayonnera. » de Paul Bouchet, rédacteur de la Charte de Grenoble, au XXIVe Congrès National de la FAGE (Fédération des Associations Générales Étudiantes) en septembre 2013. Je crois en l’andragogie par l’exemple et aux avancées sociales et sociétales. Nous avons l’ambition et nous sommes en capacité de construire la société que nous désirons.