Dominique Crochu – Associée dans la société Digitaly

Dominique Crochu

 

Qui ? Dominique Crochu

Mission : Experte de la gouvernance du sport & Associée dans la société Digitaly

La phrase : « Sans la Loi qui exige un nombre de femmes dans les conseils des instances nationales, on peut se demander s’il y en aurait une seule. »

Vous avez un parcours unique dans le football français – première directrice de la Fédération française de football en charge des nouveaux médias (2002-2012), une des pionnières du développement du football par les filles au sein de la fédération (1975-1998) & Présidente du FC Vendenheim en 2013 (en D1). Actuellement vous êtes associée dans la Société Digitaly qui agit particulièrement pour plus de mixité d’une part et la transformation numérique des PME, d’autre part.

Etre une femme dans cet univers n’est pas évident, avez-vous eu besoin de vous battre ?

Il est sûr qu’il y a plusieurs décennies la place des femmes dans les univers sportifs n’était pas facile. Étant sportive (joueuse de handball) à titre personnel et passionnée de tout sport, j’ai trouvé tout à fait légitime -à titre professionnel- de participer au développement de la pratique du football pour les filles. Pour mémoire, elles n’ont eu le droit officiel de jouer au football qu’en 1970. Donc on partait de très loin. Du droit à l’acceptation, le chemin était très long. Et même encore aujourd’hui, il y a encore des résistances, un manque d’infrastructures. Je profite de l’occasion pour souligner le rôle déterminant de Marilou Duringer, 1ère femme élue au Conseil de la FFF en 1984, et son investissement, son véritable engagement sans relâche pour promouvoir des dossiers, des compétitions… à une époque où les moyens accordés étaient dérisoires. Et les oppositions fortes.

Lorsqu’on a des convictions profondes, je crois déjà que c’est une force pour avancer. Une grande énergie pour passer les obstacles un à un. Toujours continuer, persévérer, recommencer et aller de l’avant pour ce qui semble une cause juste. Et le Sport apprend aussi la répétition des efforts avant de connaître une forme de succès.

Les équipes féminines sont toujours peu visibles, et d’ailleurs vous militez contre le terme « football féminin » pouvez-vous nous en dire plus ?

Sur la visibilité des rencontres, des progrès sont là avec des programmations télévisuelles (en clair) de l’Equipe de France féminine et des matches de clubs. C’est vital pour l’identification, la reconnaissance, le modèle représenté.

En fait, mon combat sur la sémantique concerne tous les sports. En effet, lorsqu’on évoque le basket, le football, le rugby, on dit, par exemple, l’Equipe de France sans rien préciser ; alors par habitude, par culture, par l’histoire du Sport, on entend, on comprend forcément « garçons ».

Quand on parle du football (qui n’est ni masculin, ni féminin…), il est sous-entendu « masculin » et du coup on dit, on écrit, on commente quand des filles jouent : « football féminin » ce qui n’a aucun sens. Lorsque les filles jouent, il s’agit de nommer la compétition (chaque épreuve a un nom propre..) ou les équipes en présence…

Et surtout, dire « football féminin » cela en fait une sous-catégorie du football alors que les règles sportives sont exactement les mêmes ainsi que les terrains. De plus, cela fait bien longtemps que mon engagement est bien plus large que le seul accès à la pratique. La place de la femme dans la gouvernance du Sport est un enjeu important de Société comme dans les autres secteurs. Le Sport est encore plus en retrait, en retard sur cette question.

Comment voyez-vous l’avenir pour les femmes dans le football ou le sport de haut niveau en général ?

J’ai la conviction que le haut-niveau en matière de Sport pour les femmes, c’est tout d’abord une question de place. De toute leur place : dans les différentes activités, les axes divers du Sport – la pratique, la gouvernance des instances locales, régionales, nationales et internationales. J’en profite pour saluer la récente élection de Nathalie Boy de la Tour -pour laquelle je me réjouis particulièrement- à la tête de la Ligue du Football Professionnel, ce qui est une énorme avancée en terme de gouvernance. Bien sûr, tous les métiers techniques sont aussi accessibles pour les femmes : coach, arbitre, manager, directrice….Par exemple, pour la première fois -depuis deux années- Corinne Diacre entraîne une équipe de ligue 2 (Football professionnel), le club de Clermont-Foot. Prendre la tête d’un groupe de joueurs professionnels était nouveau. Plus que cela encore, une année plus tard, elle a obtenu le titre de « meilleur entraîneur de l’année 2015 ». A noter aussi Stéphanie Frappart, arbitre en ligue 2 depuis 2014. Bien sûr, il y a une vraie nécessité à augmenter ces exceptions. Ces femmes sont plus visibles et audibles par leurs performances donc entraînent d’autres à les imiter. Les rôles modèles sont très importants dans le Sport. Parce qu’il en manque singulièrement.

Quant au haut-niveau sportif, il est encore à développer sans prendre comme modèle systématique « les masculins ». Nécessité d’être inventifs sur les solutions d’accompagnement des athlètes femmes qui n’ont ni les revenus financiers ni la visibilité à hauteur de ceux des hommes. Bientôt des premières générations professionnelles de basketteuses, de handballeuses et quelques footballeuses quitteront les parquets et les terrains. A suivre les parcours de l’après-carrière où elles devront exercer un autre métier pour vivre.

De même façon, les clubs doivent faire l’objet d’attentions particulières par les instances pour avoir constaté la fragilité de gestion des équipes de haut-niveau dans divers sports.

Dernier point, les femmes qui voient s’ouvrir (un peu) les portes de la mixité peuvent porter le combat de la diversité. Le sport est le plus grand terrain de jeu de toutes les différences et c’est le cœur de toutes les diversités de pratiques. Alors comment peut-on continuer à voir que la gouvernance est quasi 100% masculine et blanche ? N’est-il pas temps de cultiver la diversité au sein des instances de gouvernance pour que celles-ci soient un reflet des pratiquants-tes ?

Quel serait votre conseil aux jeunes filles qui aimeraient exercer dans le Sport ? 

Aller vers 2020 représente un chemin probablement moins difficile qu’il y a quelques décennies… Et pourtant il y a encore beaucoup d’espaces à conquérir. En effet, les femmes présentes dans la gouvernance du Sport n’y sont que par obligation légale. Sans la Loi qui exige un nombre de femmes dans les conseils des instances nationales, on peut se demander s’il y en aurait une seule ? Gageons qu’au lieu d’une seule femme présidente d’une fédération olympique, il puisse y en avoir plus si nous arrivons -comme dans certaines entreprises- à la parité dans la gouvernance.

Et qu’une jeune personne veuille occuper n’importe quel poste dans le Sport ? OUI, c’est possible. Qu’elle en soit sûre et convaincue ! Aucun obstacle n’est infranchissable !

Son travail, son talent, sa ténacité seront ses meilleurs atouts.

Twitter @DominiqueCrochu

Site : http://avenirdusport.com/medias-guide-des-expertes/